Déversement dans le boisé du Tremblay

Je m’apprêtais à rentrer à la maison après plusieurs heures passées auprès de ma mare à rainettes quand je reçus un appel.  C’était Tommy Montpetit, l’expert québécois de la rainette faux-grillon avec qui je collabore pour mon projet de film.  Il voulait m’annoncer qu’un déversement de produits chimiques avait eu lieu ce matin dans le boisé du Tremblay, tout juste dans un habitat critique de la rainette faux-grillon.

Je m’empressai de me rendre sur les lieux.  À mon arrivée, l’eau était toujours bleutée.  Les pompiers étaient déjà sur place et tentaient d’endiguer la dispersion de cette substance qui tuait les poissons sur son son passage.  Les gens d’Environnement Canada étaient là aussi et tentaient de comprendre la situation et d’identifier le responsable.

Le ruisseau touché traverse le boisé du Tremblay et coule sur des kilomètres jusqu’à la rivière Richelieu qui se jette elle-même dans le fleuve Saint-Laurent.  Le ruisseau était déjà bleu sur des kilomètres!

Qu’est-ce que cette substance au juste?  Je ne suis pas un expert en la matière.  Et je ne le sais donc pas.  Je puis dire que ça ne sentait pas très fort.  Et que ça ne semblait pas visqueux.  On a dit que ça pourrait être de la teinture.  Du savon.  Ou des huiles quelconques.  Je laisse le soin aux experts de nous l’indiquer précisément.

J’ai marché le plus loin que je l’ai pu vers l’origine de la fuite et je me suis rendu ainsi à la rue.  De l’autre coté de celle-ci  se trouve un gros centre pour camions lourds.  Est-ce de ce côté qu’il faut lorgner afin de trouver le responsable de ce drame?  Je ne le sais pas.  Il faudra attendre les résultats de l’enquête pour le savoir (je vous les communiquerai).  Mais une chose demeure:  il est bien périlleux d’avoir des industries chimiques tout juste à côté de la réserve naturelle qu’est le boisé du Tremblay.  Un jour ou l’autre, les accidents ne manqueront pas de survenir.  Il y en eut un aujourd’hui.  Il est assuré qu’il y en aura d’autres dans le futur.

Quand je suis arrivé sur les lieux, les rainettes chantaient tout juste à côté du ruisseau empoisonné.  On image ce qui arrivera à celle qui osera mettre le bout de l’orteil dans l’eau polluée.  Sur les berges du ruisseau, on trouvait des empreintes de rats musqués et de cerfs de Virginie.  Ce n’est vraiment pas une bonne nouvelle pour la faune de ce secteur!

Pour avoir plus de détails, vous pouvez visionner ma vidéo:

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Les jours se suivent et se ressemblent

Le mercure est monté aujourd’hui.  Et dans le marais, ça s’est fait sentir.  L’activité a repris de plus belle.  Les mâles sont de retour sur les promontoires afin de chanter et attirer les femelles.  Le problème est que les femelles ne sont toujours pas au rendez-vous.  Les jours commencent à se ressembler.  Et les images que je recueille aussi.

Ça fait maintenant une semaine que je passe dans le marais.  Ce qui veut dire que j’ai investi environ 40 heures à observer ma flaque d’eau.  Et durant tout ce temps, je n’ai vu des femelles rainettes que durant environ une heure.  C’est peu.

Mais j’imagine que ce temps relativement chaud aura un impact positif aussi sur les femelles. Qu’elles se pointeront bientôt dans le marais. Et que je pourrai ainsi emmagasiner beaucoup d’images d’accouplement.

Les rainettes faux-grillon se reproduisent par fécondation externe.  Le mâle s’accroche sur la femelle et lorsqu’elle se met à pondre ses oeufs, il expulse sa semence.  Le mâle peut rester accrocher à la femelle plusieurs heures avant que ça ne se passe. Ce qui veut dire que je devrai m’armer de patience.

Pour le moment, je suis parvenu à filmer des scènes où la femelle se dirige vers le mâle pour mieux le laisser s’accrocher à son dos.  J’ai aussi des images d’oeufs.  Mais je ne suis pas parvenu à filmer la ponte en tant que telle.  Et c’est ça que j’aimerais réussir.  Je ne sais pas si c’est réaliste de penser y parvenir, mais en tout cas j’essaie.  Et le meilleur moyen d’y parvenir, je crois bien, c’est à l’aide de la gopro que je cache par ci et par là, sous l’eau, dans le marais.  Si je suis chanceux, je parviendrai bien à recueillir les images qui me font tant rêver.  Ce qui serait un moment très fort pour le film que je suis en train d’imaginer, bien assis dans mon marais.

En attendant, je garde l’oeil ouvert et je le dirige à la surface. J’espère ainsi filmer un prédateur de la rainette.  Cette espèce d’amphibien finit souvent ses jours dans l’estomac de la couleuvre rayée.  J’en ai vu une la semaine dernière, près de ma flaque.  Mais ne suis pas parvenu à la filmer.  Ce reptile aime bien se réchauffer sur les roches au soleil au petit matin ou le soir venu.  Ça devra faire partie de ma stratégie.

La rainette est aussi dévorée par des oiseaux comme le merle d’Amérique.  Pour l’instant, je n’en ai aperçu aucun près de ma mare. Alors que j’en voyais souvent, à la fin de l’hiver.

merle (1 sur 1)

Mais bon, je vais investir plus d’énergie sur la captation de ces scènes de prédateur quand j’aurai vraiment bien filmé la rainette.

Pour m’encourager à persévérer, un papillon morio est venu me saluer aujourd’hui.

papillon (1 sur 1)

Trop froid pour la reproduction des rainettes

Les mâles chantent toujours dans ma flaque d’eau.  Mais les femelles ne se pointent plus au rendez-vous vocaux.  Elles doivent se dire qu’il est inutile de pondre des oeufs dans de l’eau si froide.

Durant la nuit d’hier, le mercure est tombé à zéro.  Pour les rainettes, c’est froid.  Ce matin, quand je suis arrivé au marais, aucun son.  Les rainettes ne chantaient pas.  Il a fallu que le soleil se dresse et chauffe la mare pour que le concert ne débute.  Il était près de 10h!

Mais les mâles ont chanté en vain toute la journée.  Aucune femelle à l’horizon.

Il paraît que c’est assez tranquille dans la plupart des secteurs où l’on trouve des rainettes faux-grillon au Québec.  Tommy Montpetit, l’expert de la rainette qui se bat pour la sauver depuis des années, m’a dit être inquiet.  Les nouvelles conditions météo sont-elles en train de changer le comportement de cette espèce?  Voire pire, lui nuire encore davantage?  Je partirai dans le marais avec Tommy au cours des prochains jours.  J’aurai alors plus de réponses à vous apporter à ce sujet.

Mais aujourd’hui, ce n’est pas parce que les femelles n’étaient pas au rendez-vous qu’il n’y avait rien à faire autour de ma mare.  Oh que non puisque je voulais aujourd’hui tester ma lentille macro-grand-angle avec la rainette.  On s’entend que c’est un tour de force que de réussir une photo avec cette lentille avec la rainette faux-grillon.  Je devais approcher ma lentille à environ 2 centimètres de la grenouille.  Et j’y suis parvenu!

rainette grand-angle (1 sur 1)

Que de contorsions pour réussir cette photo!

J’ai bien tenté de filmer la rainette avec la même lentille, mais cette dernière n’est pas stabilisée.  Ça veut dire que c’est pas mal mieux de l’utiliser avec un trépied.  Mais là, c’était beaucoup trop demander à ma rainette qui a pris la clé des champs!

Pendant que je regardais les mâles s’époumoner en vain, j’ai aperçu une araignée.  Une dolomèdes triton.  C’est une araignée qui pêche.  Même des poissons!  Évidemment, dans la flaque, il n’y a pas de poissons.  Est-ce que les rainettes pourront figurer au menu?  Heureusement pour elles, l’araignée était une juvénile.  Donc trop petite même pour les minuscules rainettes.  J’ai quand même pu filmer l’araignée alors qu’elle s’attaquait à une fourmi qui a eu le malheur de tomber d’un arbre au mauvais endroit!

Les rainettes pondent déjà

marais panorama (1 sur 1)

Journée pluvieuse aujourd’hui.  Je ne suis pas resté longtemps dans le marais. C’était de toute façon prévu ainsi. Mais j’y allais quand même avec une mission bien précise en tête:  filmer des rainettes sous l’eau!

J’y suis pas trop mal parvenu lors de mon passage précédent dans le marais.  J’avais une Gopro au bout d’une perche.  Ce qui me permettait d’approcher ma caméra des rainettes alors qu’elles se déplaçaient sous l’onde.  Mais je n’aime pas l’effet d’image instable que ça procure.  Je me devais de recommencer.

Aujourd’hui, je voulais tester une autre stratégie.  Toujours la même Gopro, mais sur un trépied Gorillapod cette fois.  J’utilisais mon iphone pour voir ce qui passait devant la caméra immergée.  Je n’avais qu’à appuyer sur un bouton pour délencher l’enregistrement.

Le hic?  C’est que l’application à distance fonctionne très mal quand la caméra est dans l’eau.  Je perdais constamment le contact avec la caméra.  Je filmais donc plus souvent qu’autrement à l’aveuglette.  Mais j’ai été chanceux!  Et je suis parvenu à filmer une rainette nageant parmi les herbes.  Un gros 15 secondes de belles images stables!  Il a fallu que je laisse tourner la caméra 2 heures pour ce 15 secondes!

En visionnant mes images, j’ai eu une autre surprise.  À côté de la rainette submergée se trouvait des oeufs de rainette!  Le klondike!  Filmer le comportement de reproduction de la rainette et trouver en plus des oeufs, c’est super.

Ne manque maintenant plus que de voir une rainette pondre les oeufs.  Et les tétards sortir des oeufs et grandir.

Et oui, j’aime ça les défis!

Et c’est parti pour l’accouplement!

Aujourd’hui, je dois bien le dire, j’ai été très chanceux.

J’étais installé dans le marais.  Et les rainettes chantaient.  Aussi fort que la veille.  Je prenais des photos.  Je captais des vidéos.  Mais ça commençait à se ressembler tout ça.

Tout à coup, le chant des rainettes s’est calmé.  Ça chantait encore.  Mais beaucoup moins fort.

Et là, je vois apparaître, de ci ou de là, des couples de rainettes.  Et une fois en couple, les rainettes ne chantent plus.  Voilà pourquoi ça chantait moins fort.

Je redouble d’ardeur et je me mets à filmer plus fort que je ne l’avais fait jusque-là cette journée-ci.  En macro svp!

Et je suis ainsi parvenu à filmer l’accouplement de la rainette faux-grillon de l’Ouest, une espèce, je le répète, menacée d’extinction au Québec!  Tout seul au milieu de ma flaque d’eau, j’étais sans voix.  Trop heureux de pouvoir assister à pareil phénomène dont j’avais rêvé, mais que je ne croyais jamais pouvoir filmer.

Voici quelques photos:

Hier, je vous écrivais via ce blogue que les rainettes se font piquer par les moustiques pendant qu’elles chantent.  J’étais content d’avoir capté ce comportement sur ma caméra hier. Mais je trouvais qu’on ne voyait pas suffisamment bien le moustique.

Aujourd’hui, j’ai corrigé ce problème!!!!

La rainette en macro!

Je sais, hier je vous écrivais qu’il était pratiquement impossible de prendre des images de la rainette faux-grillon à l’aide d’une lentille macro.  Je le pense toujours.  Sauf que j’ai quand même réussi ce tour de force lors de mon dernier passage dans le marais!

Il faut dire que j’ai fait bien du yoga et des contorsions afin de m’approcher au plus près de l’animal farouche. Tout en douceur que j’y allais.  Et avec beaucoup de fourmis dans les jambes aussi!

Il faut dire aussi qu’hier, dans le marais, la période de la reproduction battait son plein.  La rainette n’a qu’une saison pour donner naissance à la génération suivante.  Elle n’a vraiment pas de temps à perdre si elle veut espérer se donner un avenir.  Elle baisse alors un peu sa garde dans ce temps-là.  Ce qui m’a permis d’approcher ma lentille 90mm à seulement 10 centimètres de la fameuse rainette!

Ç’a m’a permis de faire des photos que je trouve franchement spectaculaires!  On ne voit pas souvent la rainette d’aussi près.  De façon à voir autant de détails.  À noter le moustique sur l’une d’entre elle.  J’ai remarqué que lorsque la rainette chante, elle est tellement concentrée, que les moustiques en profitent pour lui pomper un peu de fluide.

C’était tellement intense dans le marais, hier, que je suis même parvenu à prendre des photos réunissant plusieurs individus sur une seule et même image.  La veille, j’avais eu de la difficulté à même apercevoir le bout du nez de l’une d’entre elle.  Et le lendemain, je voyais des rainettes en grand nombre.  J’ai même pu observer des combats entre mâles.  Et des comportements annonçant les copulations à venir!

Hallucinant tout ça!

rainettes trois fois (1 sur 1)

Mais j’étais quand même dans le marais pour tourner.  Si j’ai ramené beaucoup de photos, j’ai encore plus de vidéos.  Et j’en suis aussi très content.  En voici un extrait, non colorisé.  Je travaille toujours en log-type Sony.  Ça donne des images ternes qu’on doit retravailler ensuite en studio.  Ici, j’ai tenté du mieux que je pouvais de redonner la couleur naturelle telle qu’elle s’exprimait hier dans le marais.

Une journée dans le marais

Hier, c’était une belle journée.  Le printemps s’installe vraiment par chez nous.  Et la rainette faux-grillon de l’Ouest s’est mise à chanter.

Ce sont les mâles qui chantent pour attirer les femelles.  Question de reproduction, bien évidemment !

Mais la saison de la reproduction est courte.  Que quelques semaines.  On doit faire vite si on veut entendre le chant d’amour de la rainette faux-grillon.  Voilà pourquoi j’accours dans le marais ces jours-ci!

La rainette faux-grillon est une espèce grandement menacée au Québec.  Menacée par l’étalement urbain, principalement.  Il ne reste aujourd’hui plus que quelques populations de cette magnifique espèce d’amphibien dans la région de Montréal.

J’ai le goût de raconter son histoire.  De parler de ses grandes misères.  Sur écran. Pour lui donner un coup de pouce.  À ma façon.   Mais filmer la rainette faux-grillon représente tout un défi!  C’est l’animal que j’aurai tenté de filmer qui m’aura posé le plus de problèmes.  Beaucoup plus compliqué que les tournages sous-marins qui ont constitué le corps de mon premier documentaire en tout cas!

Pourquoi c’est si compliqué de filmer la rainette faux-grillon?

Premièrement parce que la rainette est minuscule.  La grosseur d’un raisin je dirais.  La voir est très compliqué.  Il faut qu’elle chante pour nous mettre sur sa piste.  Il faut alors suivre le chant et essayer de repérer la rainette parmi les foins et les quenouilles.  Mais attention!  Le moindre bruit la fait cesser. La moindre brindille qui craque sous notre pied et tout est fini.  Tout ombre projeté sur l’eau aussi.  Et elle ne reprendra son chant que 15-20 minutes plus tard!  Ouille!

Filmer un si petit animal implique d’être très près.  Considérant la prudence maladive de la bête, ça donne une idée du défi.  Au départ, je croyais pouvoir y parvenir avec des lentilles macro.  Mais oubliez ça!  C’est juste impossible de s’approcher suffisamment pour les utiliser.  La rainette faux-grillon exige plutôt le téléobjectif.  Et un puissant!

Hier, en tentant de la filmer, j’ai récolté des photos de plusieurs habitants du marais.  Coccinelles, grenouilles des bois et bernaches faisaient bien sentir leur présence tout autour de moi.

Mais la rainette, elle, demeurait impossible à apercevoir.  Malgré les heures de tentatives!

La journée tirait à sa fin lorsque je parvins enfin à lui voir le bout du nez.  J’ai pu prendre des photos.  Mais les résultats sont plutôt décevants.  Trop petite et trop loin! Je devrai revoir entièrement ma stratégie.

J’ai déjà quelques idées que je vais essayer en fin de semaine.  Je vous tiendrai au courant de mes résultats!