Le lucernaire, cet animal étrange

Quand on plonge régulièrement dans les eaux froides du Saint-Laurent, on est amenés à croiser l’existence de toutes sortes d’animaux étranges.

Les plus particuliers sont très certainement ceux qui ressemblent davantage à des fleurs qu’à des animaux.  Le lucernaire est l’un d’entre-eux.

J’en vois souvent dans le Saint-Laurent.  Et je suis toujours aussi renversé par cet animal qui semble avoir des boules disco fonctionnant à la fibre optique au bout des bras.

Le lucernaire fait partie de la classe des cyphozoaires. Cet animal ressemble à une genre de méduse qui n’aurait pas abandonné le stade polype. Cela veut dire que le lucernaire passe sa vie accroché au récif par son pédoncule.

Pour se nourrir, il se laisse bercer par les courants. Les boules qui se trouvent au bout de ses bras se balancent ainsi d’un côté à l’autre et capturent de ce fait des éléments du plancton. Les animalcules ainsi capturés sont par la suite dirigés par le bras vers la bouche du lucernaire qui se trouve au centre de son corps.

Sur l’une des photos qui suivent, on peut apercevoir (si on regarde bien), un copépode qui a été capturé par le lucernaire.

Il y a plusieurs espèces de lucernaires. Dans le Saint-Laurent, nous avons le lucernaire à quatre cornes, le lucernaire en forme de gobelet, le lucernaire atlantique et le lucernaire en forme de trompette. Ils sont assez difficiles à distinguer les uns des autres puisqu’ils se ressemblent tous.

La plupart des lucernaires que j’observe en plongée sont minuscules. Mais ces animaux peuvent atteindre près de 10 cm de hauteur.

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Docu sur le St-Laurent: la bande-annonce

Ça fait quand même longtemps que j’en parle.  Et ça arrive enfin.  Notre film sur le Saint-Laurent marin sera diffusé le 25 avril sur les ondes de Canal D.  Il sera ensuite diffusé à quelques autres reprises durant la même semaine.

Pour vous faire patienter, je vous propose de visionner la bande-annonce!

QUÉBEC PROFOND | Bande annonce officielle from Catbird Productions on Vimeo.

 

Le Saint-Laurent, l’hiver

Depuis 10 ans maintenant, je multiplie les plongées dans les profondeurs du Saint-Laurent. Et je suis toujours étonné de constater que bien des animaux qui s’y trouvent, et qui vivent bien souvent à quelques centaines de mètres seulement de nos maisons, demeurent profondément méconnus.  Méconnus de tous, et même des biologistes et océanographes!

soleil pourpre récif (1 sur 1)

Pour essayer de comprendre un peu mieux ce milieu de vie spectaculaire que je fréquente assidûment une bonne partie de l’année, j’ai acheté les guides disponibles sur le marché.  En fait, je me suis procuré « le » guide car il y en a vraiment qu’un seul, celui de Pierre-Henry Fontaine.  Je consulte régulièrement ce livre intitulé Beautés et richesses des fonds marins du Saint-Laurent.  M. Fontaine a plongé des décennies durant dans ces eaux et en a rapporté des informations précieuses.  Son guide l’est par conséquent tout autant.  Mais il demeure incomplet.  Comme le sont tous les livres du monde.

Ce qui fait que chaque été, je croise la route d’animaux que je ne connais pas et qui ne figurent pas dans ce guide.  Ou j’assiste, sous les flots, à des comportements que je ne pourrais expliquer, et ce, parce qu’ils ne le sont dans aucun livre.

Afin de m’aider à mieux comprendre la vie qui s’installe dans la colonne d’eau du Saint-Laurent, je me suis dernièrement procuré le magnifique ouvrage de Christian Sardet et édité par l’Ulmer.  Le titre:  Plancton.  Aux origines du vivant.  C’est grâce à ce livre que j’ai pu identifier les appendiculaires qui foisonnaient dans les eaux du Saint-Laurent, l’été dernier.  Il a enrichi considérablement mes connaissances eu égard à ce grand fleuve car il traite d’animaux que passe sous silence le guide de Pierre-Henry Fontaine. Mon arsenal de connaissances s’est enrichi, mais ça demeure seulement deux livres quand même.

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appendiculaire (1 sur 1)

J’explore le Saint-Laurent au cours des mois « chauds ».  C’est-à-dire du mois de mai au moins d’octobre.  On dit chaud, mais ce ne l’est pas vraiment.  La température de l’eau est en moyenne de zéro à quatre degrés.  Je n’ai plongé qu’une seule fois l’hiver dans le Saint-Laurent.  Et à cette saison, le Saint-Laurent demeure encore plus méconnu qu’il ne l’est l’été.

Heureusement, une équipe de recherche s’affaire ces jours-ci à étudier le Saint-Laurent, l’hiver.  Pour plus de détails, on peut lire cet article:

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Les derniers jours sous le St-Laurent

Voilà, ma saison de plongée dans le Saint-Laurent est terminée.  J’aurai passé les quatre derniers mois à explorer les profondeurs sous-marines de ce grand fleuve méconnu et qui mérite vraiment d’être découvert.

J’aurai vu des animaux impressionnants.  Des belles couleurs.  Et de l’eau claire!  Si claire!  Elle était froide, bien sûr, cette eau, mais ce fut la saison où j’ai eu le plus de visibilité dans le Saint-Laurent depuis que j’y plonge.

Cela a eu des conséquences sur la faune je dirais.  Car j’ai peu vu de poissons cet été comparativement aux années précédentes.

Je ne pouvais évidemment quitter la Côte-Nord vers la métropole montréalaise sans jouer une dernière fois sous les eaux. Les trois derniers jours, je les ai donc passés à plonger.  Et j’ai vu enfin mes poissons de retour. Des stichées, des ulvaires, des loups atlantiques, des morues, des sébastes, des chaboisseaux, des hémitriptères, des lançons.  Ils étaient devant moi.  Tout juste là!

Voici une sélection des photos des trois derniers.

Des animaux sur d’autres animaux

Plonger le Saint-Laurent dans l’objectif d’observer des animaux nous amène à développer toutes sortes de stratégies pour bien y parvenir.

D’emblée, on est plutôt portés à chercher les gros poissons.  Un peu comme on le fait lorsqu’on se rend dans les mers du Sud.  Mais on se rend rapidement compte que cette façon de faire n’est pas la meilleure pour notre grand fleuve.

Ici, ce qui est souvent le plus intéressant à voir est minuscule.  Au lieu de chercher les poissons gros comme des ballons de basket, on est mieux de scruter les environs dans la perspective de cibler des animalcules gros comme des grains de riz.

Nudibranches, petites poules de mer, lucernaires et compagnie font d’excellents sujets de photographie.  Enfin moi je trouve.

Mais ce dont je me rends de plus en plus compte, c’est qu’il est en plus très efficace de regarder sur le dos des animaux pour y repérer des sujets uniques.  Là se trouvent très souvent d’autres animaux qui ne retiennent pas l’attention de ceux qui passent trop vite ou qui n’ont pas l’oeil assez aguerri.

C’est le cas des bernard-l’ermite.  Ces genres de petits crabes transportent sur leur dos une coquille qu’ils ramassent de ci et de là sur le récif.  Le fait qu’ils se promènent d’un bord et de l’autre permet à des animaux qui s’accrochent à leur dos de se nourrir sans trop d’efforts.

C’est le cas de la fourrure d’escargot.  Il s’agit en fait d’une colonie de petits hydroïdes qui se nourrissent en capturant des éléments du plancton.

Les balanes adoptent souvent la même stratégie.  Elles aiment se faire promener sur le dos d’une autre espèce pour attraper leurs proies avec le filet qu’elles brandissent tout le jour durant.  Mais comme la balane est généralement plus grosse que les hydroïdes, elle choisit des moyens de transport plus volumineux.  Comme des crabes par exemples.

Les éponges font de même.  Ces colonies de cellules profitent des meilleures occasions pour filtrer l’eau des particules dont elles se nourrissent.  Il arrive fréquemment de les voir sur les crabes.

oeil crabe araignée (1 sur 1)

D’autres animaux préfèrent quant à eux récolter les restes qui tombent de la gueule des animaux plus gros.  Dans les profondeurs du Saint-Laurent, l’anémone rouge du nord est un prédateur redoutable.  J’en ai vues dévorer des lançons vivants.  De tels repas produisent des miettes et des restes.  Des genres de gammaridés ont bien compris le profit qu’elles pouvaient tirer de la situation.  Elles vivent donc entre les tentacules des anémones.

Alors que des copépodes préfèrent eux vivre tout près des buccins.  Pour profiter des restes des repas eux aussi.

Et il y a ces animaux qui ne se cassent pas la tête du tout.  S’accrocher aux yeux des poissons pour consommer les fluides corporels de l’hôte, voilà une stratégie rentable!

chaboisseau oeil (1 sur 1)

Qui a vu le loup?

L’eau a maintenant repris sa teinte verdâtre.  À cause d’une belle couche de phytoplancton qui vient de reprendre possession des lieux.  Les fonds marins du Saint-Laurent sont par conséquent moins lumineux qu’au cours des derniers jours.  Et cela plaît grandement aux poissons.

Ils étaient beaucoup plus nombreux sur mes sites de plongée, hier.  Il faut dire que j’ai amené mon ami plongeur à l’un de mes endroits de prédilection.  Là où je croise toujours la route de gros chaboisseaux, de gros sébastes et de grosses morues.

Il est aussi possible d’y observer mon espèce fétiche dans le Saint-Laurent:  le loup Atlantique!

C’est un poisson qui peut mesurer jusqu’à tout près de deux mètres de long.  Il a une gueule puissante.  Et des dents broyeuses.  Ça lui est bien utile puisque le loup dévore crabes et oursins!

D’ailleurs, pour trouver sa cachette, il suffit de regarder devant les amoncellements de pierres pour apercevoir les restes de ses proies.  Quand on voit beaucoup de pattes de crabes dans un secteur qui se trouve assez creux, c’est souvent le signe que le loup atlantique se trouve dans les parages.

Trop souvent, cette espèce m’est impossible à photographier.  Le poisson aime rester bien caché tout au fond de sa cachette.  Le plongeur peut le voir, avec sa lampe.  Mais pour faire une belle photo, c’est une tout autre histoire.  C’est probablement pour ça que je ne vous présente pas beaucoup de photos de loups sur mon blogue.  Et ce, même si j’en vois assez souvent.

Mais hier, j’ai eu de la chance.  Un beau gros loup a croisé ma route.  Et il était sorti de sa cachette!  Ça m’a permis de le photographier comme je le voulais.

Le loup a souffert au fil de ans, au point de se faire classer sur la liste des espèces en péril.  Il se retrouvait régulièrement parmi les prises accidentelles des pêcheurs commerciaux.

J’ai aussi découvert sur ce site une belle colonie de vers de type branchiomma.  L’animal se construit un tube pour se protéger et il laisse flotter dans le courant un genre de balai qui lui permet de capturer ses proies.  Il les entraîne par la suite vers sa gueule.

Les eaux du Saint-Laurent sont tellement riches que même des colonies de parasites se forment dans les yeux des poissons.  Ce pauvre chaboisseau en avait tellement que ça devait finir par affecter sa vision.

chaboisseau oeil (1 sur 1)

La suite de la collecte du jour:

Le Saint-Laurent cristallin

À chaque jour que j’y retourne, je me dis que cette fois-ci, l’eau sera moins claire que la veille.  Que cette limpidité des eaux ne durera quand même pas tout l’été.  Et à chaque fois, je suis confondu.  Cette année, l’eau demeure très claire dans le Saint-Laurent.  Enfin, jusqu’ici.

Cette limpidité a un impact sur les écosystèmes.  Normalement, sur mes sites de plongée, je vois beaucoup de poissons. Dans le Saint-Laurent, il faut bien regarder pour les repérer car ils sont de couleur plutôt camouflage.  Et ils aiment bien rester cachés – enfin dans le jour – dans des crevasses et des espaces entre les pierres.

Mais pour celui qui sait où regarder, il y a toujours un poisson à observer.

Cette année, il en va franchement autrement.  Il n’y a pratiquement pas de poissons sur mes sites.  Hormis les petites poules de mer qui sont légion.  Mais en ce qui concerne les chaboisseaux, plies, hémitriptères, morues et compagnie, c’est le calme plat.

Il faut dire que cette eau limpide constitue un piège pour les poissons.  S’ils sont facilement observables dans de telles conditions par les plongeurs, ils le sont tout autant par leurs prédateurs.  D’où leur propension à demeurer beaucoup plus creux, là où c’est plus sombre.

Demain, je retourne en mer.  Et cette fois, je configurerai la caméra en super macro.  J’ai bien hâte de vous partager les résultats!

De l’eau toujours aussi claire!

Décidément, le Saint-Laurent est généreux avec moi cette année.  Depuis des semaines, l’eau est cristalline!  Très froide, certes, mais ça demeure parfait pour faire de la photo sous-marine.

En fin de semaine dernière, j’avais des clients avec moi.  Ils ont découvert avec bonheur les fonds marins du secteur de Baie-Comeau.  Et j’étais heureux de leur montrer les coins que je préfère!

Pour la photo, c’était aussi super.  sur l’un de mes sites, les petites poules de mer pullulaient.  Ce poisson, pas plus gros qu’un raisin, a des nageoires pelviennes que l’évolution a transformé en ventouses.  Le poisson nage difficilement. Il est drôle de le voir se déplacer. On peut ainsi comprendre qu’il préfère se fixer plutôt à la roche, attendant que les éléments du plancton passent tout juste devant son nez pour s’en nourrir.

Ce n’est pas un poisson si facile que ça à photographier.  Il est souvent fixé dans des endroits difficiles d’accès pour la caméra.  Et il a tendance à remuer toujours au moment où l’on s’apprête à appuyer sur le déclencheur.

 

Les stichées arctiques étaient également très présentes sur le site en question.  Le poisson est beaucoup plus fringant que la petite poule de mer, mais il se laisse plus facilement approcher, je trouve, que cette fameuse petite poule.

 

L’ulvaire deux-lignes, poisson plutôt nocturne, semblait se demander quel était tout ce remue-ménage devant sa cachette.  Il est ainsi sorti pour m’observer.  J’en ai profité pour lui tirer le portrait.

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Tout autour de moi les bébés bernard-l’ermite pourchassaient leur prochain repas.

Tout un défi de mettre le focus sur le bon oeil de ces sujet qui ne mesurent que quelques centimètres!

 

Les buccins semblaient quant à eux moins préoccupés par la nourriture que par la reproduction…

 

Et la suite de la collecte de la fin de semaine:

 

Des paysages sous-marins comme je les aime

Depuis le début de la saison de plongée, l’eau est froide mais elle est claire.  Ça permet de faire de belles sorties de plongée en grand-angle.

Ce qui est un peu en dehors de ma zone de confort. Je dois bien le dire.  Le grand-angle, je veux dire.

Personnellement, je me sens vraiment plus à l’aise en macro. Il me semble que je ne suis jamais assez près de mon sujet quand j’ai une caméra dans les main.  J’aimerais avoir une lentille qui me permettrait de poser l’intérieur de l’oeil d’un animal.  Voyez le genre!

Mais quand l’eau du Saint-Laurent est comme aujourd’hui, il faut en profiter et poser les paysages. C’est le grand-angle que ça prend!

J’avais des clients avec moi aujourd’hui.  Ils ont beaucoup aimé les profondeurs du Saint-Laurent du secteur de Baie-Comeau.  La surface aussi.  Il faut dire que nous avons passé la journée en compagnie de dizaines de marsouins et de quelques petits rorquals.

On remet ça demain matin.  Espérons que la mer sera aussi calme.  Le soleil tout autant radieux.  Et l’eau claire comme on l’aime!

J’vais dès lors me coucher.  Suis vieux faut croire.  Ces journées me fatiguent plus qu’avant 😉

 

 

Les poissons au rendez-vous

Il y a quelque dix ans, le bar rayé a été réintroduit dans le fleuve Saint-Laurent.

Cette espèce y avait été exterminée par la pêche intensive.

Il faut croire que la niche que ce poisson occupait était demeurée vierge puisque en dix ans seulement, le bar rayé a complètement récupéré sa place.  Même mieux, il est désormais, et à nouveau, vraiment omniprésent dans les eaux du Saint-Laurent.

Aujourd’hui, j’ai eu la chance de nager avec un banc de plusieurs centaines de têtes.  C’était beau à voir.  Des poissons mesurant un pied ou deux qui passent à quelques pieds seulement de toi, c’est franchement impressionnant!

Bien sûr, ma caméra était configurée en macro.  Alors je n’ai pu filmer la scène.  Mais j’en ai profité pleinement de mes yeux.  Ce qui m’a fait du bien. On vit une époque qui ne semble permettre de vivre les expériences que par l’entremise d’une caméra ou d’un téléphone intelligent.  Apprécier de ses yeux la vie qui se vit est devenu un luxe que peu se permettre.  Moi le premier.  Je m’en confesse.

Je me promets quand même de retourner sur le site, dans les prochains jours, muni de ma caméra configurée en grand-angle !

Si je n’ai pu filmer les bars, j’ai quand même posé de nouveau les superbes stichées arctiques.

J’ai aussi trouvé un site où les ulvaires deux-lignes et les sigouines de roche juvéniles pullulent.  Ici, un digne représentant du peuple des ulvaires:

ulvaire deux lignes (1 sur 1)

J’ai de même croisé la route de la grosse poule de mer en cette journée passée sous les flots.  Mais la taille de ce poisson ne m’a permis que la captation de son gros oeil:

grosse poule oeil (1 sur 1)

Sinon, voici le reste de ma récolte du jour: