Tiques à pattes noires: peut-on encore profiter de la nature?

Il y a quelques jours, j’ai publié sur Facebook une photo de tiques à pattes noires que nous avions retrouvée, au gré d’une sortie photo en marais, sur les vêtements de mon ami Tommy.  En dessous de la photo, je mettais en garde la communauté qui me suit sur ce réseau social sur les risques de contracter la maladie de Lyme. Et les questions ont depuis déboulé dans ma boîte de messagerie privée.

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La forte réaction engendrée chez les gens à la vue de cette photo m’a convaincu de la nécessité de rédiger un article qui analyse les risques que pose la présence nouvelle de la tique à pattes noires, chez nous, au Québec.

Tout d’abord, la grande question: Peut-on encore se rendre en nature et jouer dans l’herbe comme nous le faisions, nous de la « vieille » génération, lorsque nous étions enfants?  Peut-on encore profiter de la nature? Ou doit-on plutôt se cantonner désormais sur l’asphalte et le béton? Réponse:  oui, on peut encore profiter de la nature.  Mais non, pas comme on le faisait dans les années 1970-1980.

La tique à pattes noires:  qui est-elle?

Il ne s’agit pas d’un insecte, mais bien d’un acarien.  La tique à pattes noires (Ixodes scapularis), ou tique à chevreuil, est minuscule.  Il s’agit d’un parasite qui se nourrit du sang des mammifères.  La tique à pattes noires peut vivre environ deux ans.  C’est un vecteur important de plusieurs maladies, dont la maladie de Lyme.

Le corps d’une tique à pattes noires adulte est ovale, de couleur orange, brun à rougeâtre.  Il y a une légère variation de couleur entre les mâles et les femelles.  Les mâles sont plus petits que les femelles.  Pour des images de la fameuse tique, cliquer ici.

Une tique à pattes noires adulte mesure environ de 2 à 3 mm de longueur. Son corps est aplati de haut en bas.  Sa tête est formée de pièces buccales pointues dont la tique se servira pour percer la peau de son hôte et y planter ainsi son rostre.  Elle aspirera du sang de la sorte.  Pendant qu’elle boit du sang, l’estomac de la tique prend de l’expansion.  L’acarien pourra ainsi atteindre une taille de près de 1 cm (pour les femelles).  Le corps gorgé de sang de ce petit parasite devient grisâtre.

La tique à pattes noires traverse trois stades de développement au cours de sa vie.  Il y a la larve, puis la nymphe et l’adulte.  La larve est quasiment invisible à l’oeil nu.  À ce stade, elle ne peut pas transmettre la maladie de Lyme.  Seuls la nymphe et l’adulte le peuvent.

La tique à pattes noires ne vole pas (puisqu’elle est dans la famille des araignées).  Et ne saute pas. Elle est lente. Et sa méthode de travail est rudimentaire.  Elle s’accroche à des herbes hautes et attend, très patiemment, le passage d’un hôte.  Celui qui se frotte à ces herbes permettra à la tique de s’accrocher à lui.  La tique grimpera sur lui et cherchera le meilleur endroit où se nourrir.  Chez l’humain, elle favorisera les endroits humides comme les aisselles, le pubis, la région de l’anus, le nombril ou l’espace entre les orteils. Le cuir chevelu et l’arrière des oreilles sont aussi de bons endroits pour la tique.  Une fois l’endroit choisi, la tique percera la peau à l’aide de son rostre et préparera son corps pour son prochain repas.  L’opération peut prendre jusqu’à 24h. La morsure est indolore. En cours de processus, la tique porteuse de la bactérie borrelia burgdorferi (responsable de la maladie de Lyme) ne pourra contaminer son hôte.  C’est seulement quand elle aura commencé à se nourrir qu’elle pourra transmettre la bactérie à son hôte.  C’est pourquoi on dit de retirer la tique qui s’est accrochée à soi le plus rapidement possible.

Pour devenir un vecteur de la maladie de Lyme, la tique à pattes noires doit d’abord mordre un mammifère porteur de la bactérie problématique (borrelia burgdorferi).  Les principaux réservoirs de cette bactérie sont les rongeurs.  Chez nous, la souris à pattes blanches est le principal réservoir.  La tique qui mord ces rongeurs s’infecte et passe ensuite la maladie aux autres mammifères sur lesquels elle s’accroche, comme les chevreuils ou les chiens.  Les mammifères porteurs de la bactérie ne peuvent contaminer des humains, même si on les mange (je ne parle pas des chiens ici, évidemment 😉 ).  Il faut que la bactérie borrélia se retrouve dans une tique pour être par la suite transmise à l’humain. La bactérie se retrouve dans le sang et se disperse dans l’ensemble du corps de son hôte, là où elle devient très difficile à éliminer (si on n’agit pas rapidement du moins).

Il y a quelques années, cette espèce de tique était absente du Québec.  Le réchauffement climatique a permis à celle-ci de s’implanter chez nous.  Évidemment, elle n’est pas arrivée jusqu’ici en marchant.  La tique à pattes noires voyagent en s’accrochant aux oiseaux migrateurs.  Auparavant, elles ne parvenaient pas à survivre à nos hivers rigoureux.  Nos nouveaux hivers doux lui conviennent par contre parfaitement.  D’où l’explosion de la population de tiques qu’on subit!  Mais sans son réservoir à bactérie borrelia, la tique à pattes noires demeure inoffensive.  Le malheur est que le réchauffement climatique permet aussi à la souris à pattes blanches d’étendre son territoire vers le nord.  À raison de quelques kilomètres par an.  Et c’est cette souris qui fournit ladite bactérie problématique à la tique.

La tique à pattes noires profite également de l’urbanisation intensive qui élimine ses prédateurs (oiseaux, insectes, araignées) en détruisant leurs habitats.  Cette élimination se produit également par l’usage intensif de pesticides et de fongicides.  Pour en savoir plus, cliquez ici.  On a également éliminé bon nombre de prédateurs des rongeurs qui sont les réservoirs de la borrélia.

Le monde sans bon sens qu’on se construit à l’encontre de la nature favorise la maladie de Lyme en permettant l’accroissement de ses réservoirs (les rongeurs) et de son vecteur (la tique à pattes noires).  Ce problème, c’est nous qui l’avons engendré.  Et nous commençons maintenant à en payer les conséquences, et ce, de notre propre santé et de celle de nos enfants.

La maladie de Lyme

La maladie de Lyme est une zoonose.  C’est une maladie infectieuse qui affecte l’humain et de nombreux animaux.  Elle est transmise par la morsure d’une tique infectée.

Cette maladie bactérienne n’a été officiellement reconnue qu’en 1975, et ce, même si on sait maintenant qu’elle fait des victimes chez les humains depuis des milliers d’années.  Ce qui a tourné les projecteurs vers cette maladie qui était jusque-là négligée par les chercheurs (l’est-elle encore?, là est la question) c’est une pandémie d’arthrite rhumatoïde qui a eu lieu aux États-Unis en 1972, dans la ville de Lyme au Connecticut.  Des centaines d’enfants y étaient atteints d’un mal mystérieux. On découvrira par la suite que c’était la maladie de Lyme.

Le biologiste américain d’origine suisse, William Burgdorfer s’est intéressé au drame qui frappait les habitants de Lyme.  Il a isolé des spirochètes de la bactérie borrélia dans la salive et l’estomac d’une tique de type ixodes;  l’agent pathogène ressemblait à celui de la syphilis. Cette bactérie est redoutable, violente et très complexe.  Elle est extrêmement rapide, très mobile, multiforme et parvient à se cacher à peu près n’importe où dans le corps de l’hôte qu’elle contamine, surtout dans les zones difficiles d’accès pour les antibiotiques. Ce qui fait qu’elle résiste aux traitements depuis plus de 40 ans maintenant.

Le nom du biologiste fut donné à ladite bactérie.  Une façon comme une autre de l’honorer j’imagine.

Au tournant des années 2000, un projet de vaccin contre la maladie de Lyme a été testé, mais sans succès.  La mauvaise publicité qu’on a fait au vaccin l’a rendu insoutenable commercialement.  La compagnie qui le produisait l’a donc abandonné.

Bien que cette bactérie existe depuis des temps immémoriaux, elle a évolué au fil de l’évolution et est devenue beaucoup plus résistante.  L’usage inconsidéré des antibiotiques y ayant très certainement contribué.

Certaines hypothèses qui donnent la chair de poule stipulent également que la bactérie aurait été manipulée en laboratoire pour la rendre plus puissante.  C’est le laboratoire Plum Island qui s’en serait chargé.  Or, celui-ci se trouve tout juste à côté de la petite ville de Lyme! Est-ce que la bactérie s’en serait échappée?  C’est ce que certains prétendent en tout cas.

Celui qui se fait mordre par une tique infectée présentera parfois des lésions cutanées.  On parle de rougeurs en forme de cible dont le diamètre sera d’environ 5 centimètres.  Elles apparaissent dans seulement 60 à 80% des cas. On ne peut donc pas s’y fier totalement pour savoir si on est infecté ou non. Les autres symptômes apparaîtront quant à eux de 3 à 30 jours après la morsure.  On parle alors de fièvre, de fatigue extrême, de maux de tête, de raideurs à la nuque et de douleurs musculaires et articulaires.

Si de tels symptômes apparaissent chez une personne ayant été mordue par une tique, il faut appeler Info-Santé 811, ou consulter un médecin dans les plus brefs délais (un qui est sensibilisé à la gravité de cette maladie).  Il faut indiquer quelle est la partie du corps qui a été touchée et la date et le lieu où l’on a été mordu.  Il est fortement conseillé de conserver le corps de la tique si possible.  Il pourra être analysé afin de déterminer à coup sûr si la maladie de Lyme est impliquée.

Un traitement par antibiotique intensif sera alors prescrit. L’amoxicilline ou la doxycycline devront être administrés de 14 à 21 jours.  Plus le traitement survient rapidement, et plus les chances de succès sont grandes.

Si rien n’est fait après le déclenchement de la maladie, les premiers symptômes se compliqueront et la maladie de Lyme s’aggravera vraiment.  On parle alors de problèmes graves qui frapperont les articulations, le coeur et le cerveau, entraînant même des problèmes cognitifs affectant le siège de la mémoire.  Les problèmes graves peuvent apparaître rapidement ou s’étaler sur des années. Plusieurs personnes qui ont subi un mauvais diagnostic se retrouvent aujourd’hui dans cette situation.  Heureusement, les autorités québécoises, bien au fait que la maladie de Lyme prend de plus en plus l’allure d’une vaste épidémie mondiale, semblent vouloir rattraper le temps perdu et prendre cette maladie enfin au sérieux.

Dans cette vidéo, le médecin François Milord de la Santé publique de la Montérégie explique la nouvelle réalité qu’impose la présence de la tique à pattes noires sur le territoire québécois:

Pour tenter d’enrayer la seconde phase critique de la maladie de Lyme,  les spécialistes auront recours aux céphalosporines  pour une durée de 21 à 28 jours, au moins ; par voie veineuse périphérique en cas de méningo-encéphalite.

Pour la forme la plus critique de la maladie de Lyme, ces mêmes traitements seront utilisés, mais sur des périodes plus longues.  Des spécialistes aux États-Unis préconisent même de combiner les antibiotiques pour plus de succès.  Mais on entre là dans un domaine surpassant mes humbles compétences en matière de santé.

Ce que je puis dire toutefois, c’est que plus le traitement s’étire dans le temps, et moins les chances de succès sont importantes. On risque alors de se retrouver porteur de la borréliose (ou maladie de Lyme) pour bien longtemps.

Quoi qu’on fasse, certaines personnes atteintes le demeureront pour le reste de leurs jours.  Des problèmes de dépression peuvent alors survenir, poussant même des personnes au suicide.

Toute la dimension chronique de la maladie de Lyme soulève bien des débats.  Des gens affirment que les traitements sont inutiles pour eux et qu’ils souffrent affreusement de la maladie de Lyme, depuis des années bien souvent, alors que certains médecins soutiennent que ces maux sont le fruit de leur imagination.  Quoi qu’on pense de la position des uns et des autres, il n’en demeure pas moins que la maladie de Lyme provoque bien des souffrances.  Pour en apprendre davantage sur la dimension chronique de la maladie, on peut regarder ce film fort intéressant (Quand les tiques attaquent).  Mais très inquiétant.

On peut aussi regarder ce reportage diffusé dans le cadre de l’émission Découverte de Radio-Canada:

Au Québec, la maladie de Lyme est une maladie à déclaration obligatoire depuis 2003. Les professionnels de la santé qui détectent un cas de maladie de Lyme doivent obligatoirement en informer les autorités de santé publique.

Les zones à risque au Québec

La maladie de Lyme est en expansion au Québec.  Elle est désormais présente dans presque toutes les régions.

Les régions les plus durement touchées sont la Montérégie, l’Estrie, l’Outaouais, et le sud de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Si on est mordu par une tique à pattes noires dans ces zones fortement à risque, on préconise un traitement par antibiotique préventif.  Et ce, parce qu’environ 30% des tiques de ces secteurs sont porteuses de la maladie de Lyme.

L’Estrie est tellement frappée durement que le traitement préventif pourra être prescrit directement par les pharmaciens.

Dans les autres régions du Québec, on ne recommande pas le traitement préventif aux antibiotiques, traitements qui ne sont pas très bons pour la santé.  Dans ces cas-là, il faut surveiller l’apparition de symptômes avant de consulter et d’agir.

On peut suivre la progression de la tique à pattes noires sur le territoire québécois en consultant ce site.

Prévention

La meilleure façon d’éviter les problèmes, c’est de tout faire pour ne être mordu par une tique.  Lorsqu’on se promène en nature, il est conseillé de rester dans les sentiers.  Ceux conçus par les humains, et pas ceux réalisés par les passages répétés des cerfs de Virginie.  Ces derniers sont des zones à risque, qu’apprécient fortement les tiques pour se placer en embuscade.

Il est aussi très important de porter des vêtements longs.  De couleur claire si possible.  Il sera plus facile de repérer les tiques sur ceux-ci que sur des vêtements sombres.  Il faut porter un chapeau, entrer son chandail dans son pantalon et le bas de ses pantalons dans ses chaussettes ou ses bottes.  Bref, il faut le plus possible fermer les accès à son corps aux tiques.

Pour ma part, je m’assure en plus d’avoir des manches qui se resserrent au niveau des poignets à l’aide d’un velcro.  Le bas de mon manteau peut se fermer à l’aide d’un élastique.

Sachez que, contrairement aux moustiques, les tiques ne peuvent nous mordre à travers nos vêtements.

Finalement, il est conseillé d’appliquer un insectifuge sur soi. Pour des suggestions de produits, cliquez ici.

Il est aussi possible de se tourner vers les huiles essentielles diluées dans l’eau afin de tenir à distance les tiques.  L’huile essentielle de lavande, de menthe pouliot, de citronnelle, d’eucalyptus, et d’huile de citron seraient efficaces.

Évidemment, en ce qui me concerne, je n’utilise pas ces produits puisque je « pourchasse » les animaux pour mes photos.  J’essaie d’être le moins repérable possible.  Et l’odeur des insectifuges nous rend facilement repérables pour tous les animaux utilisant leur odorat.

Quand je rentre à la maison, à la fin d’une journée en nature, je mets directement mes vêtements à la laveuse.  Ils vont ensuite dans la sécheuse, où ils doivent subir un traitement à la chaleur.  Une fois débarrassé de mes vêtements, je me dirige vers la salle de bain.  Je m’inspecte alors des pieds à la tête, utilisant des miroirs pour l’inspection des régions qu’on peut imaginer.  Je saute ensuite dans la douche.  Et je me lave toujours les cheveux.

Je retourne ensuite voir mon équipement que j’inspecte minutieusement, question de vérifier si je n’aurais pas transporté une tique avec moi.  Les fermetures-éclair sont des endroits que les tiques apprécient comme cachettes.

Si on se rend en nature avec les enfants ou les animaux domestiques, il faut les inspecter eux aussi.

Si vous restez longtemps en nature, on répète cette inspection à la fin de chaque journée.

Comment retirer une tique?

Catastrophe, une tique s’est logée dans notre peau!  Pas de panique, mais il faut quand même la retirer au plus vite.

Pour ce faire, on utilise une petite pince du type pince à sourcils.  Il faut pincer la tique le plus près possible de la tête.  Attention à ne pas pincer l’abdomen.  En le faisant, vous retourneriez dans votre corps tous les fluides qu’il contient, augmentant ainsi les risques d’être contaminés par la maladie de Lyme.

Si on préfère, les pharmacies vendent des pinces spécialisées.  Des tire-tiques.

Voici une vidéo qui montre comment s’y prendre:

Avec une pince à sourcils, c’est plutôt comme ça qu’il faut faire:

Une fois la tique retirée, on la place dans un contenant fermant hermétiquement.  Et on la conserve jusqu’à ce que qu’on soit certain qu’on n’a pas été contaminé.  Car si on l’a été, le médecin pourra la récupérer et l’envoyer à un laboratoire pour faire des analyses.

Une fois la tique retirée, il faut bien laver sa peau avec du savon.  On se lave ensuite les mains.  Et on surveille attentivement l’apparition des symptômes.  Si on est dans une zone à risque, on prend les dispositions pour subir un traitement préventif aux antibiotiques.

Combien de cas au Québec?

Oui, les cas de maladie de Lyme augmentent au Québec année après année.  On a rapporté 32 cas en 2010, 143 en 2013, 160 cas en 2015 et 179 cas en 2016.  C’est beaucoup et peu à la fois.  Sur une population de 8 millions d’habitants, l’incidence est malgré tout minime.  Surtout en comparaison de la progression de la maladie chez nos voisins du Sud.  Aux États-Unis, on prévoit 300 000 nouveaux cas par année!

Ceci étant dit, le printemps 2018 se caractérise par une explosion des tiques à pattes noires au Québec.  Elles sont beaucoup plus présentes que par les années passées.  Cela risque de faire augmenter d’autant le nombre de victimes de la maladie de Lyme.

Mais si vous appliquez comme il faut la recette préventive telle que présentée plus haut, vous minimiserez du coup, et de beaucoup, les risques d’être mordu et contaminé.

Pour ma part, toute mon activité de photo macro se déroule dans les herbes hautes, je fréquente aussi les sentiers de chevreuils et je m’accroupis régulièrement sur le sol pour prendre des photos.  Je n’utilise pas d’insectifuges et je n’ai été mordu qu’une seule fois par une tique, et par une larve qui plus est.  Je suis ce qu’on peut appeler un cas à risque extrême et la prévention fonctionne pour moi.  En circulant sagement dans les sentiers aménagés, vous courrez beaucoup moins de risques que moi.  Et vous les réduirez encore plus si vous faites l’inspection une fois de retour à la maison.

Alors continuez de jouer dans la nature. Mais faites-le prudemment.  Et vous éviterez de ce fait bien des problèmes!

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Attention, tortues dans la rue!

En mai et juin, bon nombre d’espèces se reproduisent.  C’est le cas notamment des reptiles du Québec et de la fameuse tortue serpentine.

L’accouplement a lieu en automne chez les tortues serpentines.  Il se déroule dans l’eau.  L’hiver, la tortue serpentine hiverne au fond des étangs ou dans les terriers des rats musqués.  Quand mai arrive, c’est le signal pour la femelle.  Elle quitte alors les eaux stagnantes à la recherche d’un banc de sable, ou de gravier, où elle pourra pondre ses oeufs.  L’accotement des routes et les terrains résidentiels sont souvent ciblés.

Cette tortue est très sédentaire.  Elle ne se déplace guère au cours d’une année.  Exception faite de la femelle au moment de la ponte.  Elle peut alors parcourir plusieurs kilomètres dans l’eau et plus d’un kilomètres sur terre pour trouver un bon endroit où déposer ses oeufs.

Et c’est à ce moment-là que la tortue serpentine est la plus vulnérable.  Elle traverse alors les routes où elle peut se faire écraser, malgré sa grande taille.

L’éclosion des oeufs se produira de la fin août à octobre.  Et encore là, le risque sera grand.  Les petits pourront eux aussi se faire écraser par des voitures lorsqu’ils tenteront de regagner les marais où ils s’installeront.  Ils sont très difficiles à apercevoir sur la route puisqu’ils ne mesurent que quelques centimètres.

Tout comme dans le cas des amphibiens qui meurent en grand nombre sur la route, cette situation nous force à réfléchir à l’urgence d’installer des passages fauniques en grand nombre au Québec.

La tortue serpentine est vorace.  Elle dévore tout ce qui se présente devant elle; de son bec puissant elle attrape:  insectes, amphibiens, poissons, reptiles.  Elle peut même avaler des canetons alors qu’ils nagent.  La tortue les happe par en-dessous!  La serpentine peut aussi manger de la charogne ou des plantes aquatiques.

Cette tortue a peu de prédateurs.  Il faut dire qu’elle est agressive, bien protégée par sa carapace et que son bec est coupant comme des cisailles.  Le raton laveur, la mouffette, le vison et le renard roux s’attaquent toutefois à ses oeufs.

Cette tortue est commune dans tout le sud du Québec.  La modification des rives a toutefois des impacts néfastes sur l’espèce car cela contribue à l’élimination de ses lieux de ponte.  Résultat: l’espèce est en recul prononcé.

Cette tortue est active de jour comme de nuit.  Étant un animal à sang froid, on l’aperçoit régulièrement sur une branche les journées ensoleillées.  En se faisant ainsi chauffer au soleil, elle régule sa température corporelle.

Hier, alors que je me dirigeais vers ma voiture après une autre séance photo passée dans le marais, j’ai aperçu quelque chose qui déambulait dans le gravier du stationnement.  C’était une tortue serpentine!  Mais une juvénile pas plus grosse que la paume de la main (alors qu’un adulte peut peser facilement jusqu’à 34 kilos et vivre près de 50 ans)!

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Une dame était dans sa voiture et s’apprêtait à reculer…directement sur la tortue.  J’ai averti la dame qui ignorait même la présence de tortues au Québec.  Elle a gentiment accepté que je prenne des photos avant de reculer.  J’ai évidemment pris par la suite la tortue et l’ai reportée dans le marais, question qu’elle évite le pire.

Comme quoi, il faut toujours bien regarder avant de reculer avec son auto 😉

 

 

 

Docu sur le St-Laurent: la bande-annonce

Ça fait quand même longtemps que j’en parle.  Et ça arrive enfin.  Notre film sur le Saint-Laurent marin sera diffusé le 25 avril sur les ondes de Canal D.  Il sera ensuite diffusé à quelques autres reprises durant la même semaine.

Pour vous faire patienter, je vous propose de visionner la bande-annonce!

QUÉBEC PROFOND | Bande annonce officielle from Catbird Productions on Vimeo.

 

La tique à pattes noires: une calamité!

Nous n’avons définitivement pas terminé de mesurer tous les impacts provoqués par les bouleversements climatiques.   La façon dont les espèces les plus spectaculaires sont impactées par ceux-ci retiennent, normalement et de prime abord, notre attention.  Un peu moins quand même que l’impact qu’ils ont sur l’activité humaine.

Mais dans la discrétion des buissons, un changement important s’est opéré au Québec.  Et on commence tout juste à s’intéresser sérieusement à ce phénomène lié aux bouleversements climatiques.  Il s’agit cette fois d’un minuscule animal qui a fait ici son apparition, ayant migré des terres américaines.  Le climat du Québec étant désormais un peu plus clément, la tique à pattes noires (Ixodes scapularis) a trouvé chez nous un nouveau pays confortable pour elle.  Au grand dam bien sûr  de ceux qui fréquentent assidûment la nature.

Cette tique est minuscule.  Comme toutes les tiques vous me direz.  Au stade adulte, cet acarien ne mesure que quelques millimètres. Au stade de nymphe, elle est à peine visible à l’oeil nu.  Les tiques sont des parasites voraces qui se nourrissent du sang de tous les vertébrés, dont l’humain.

Au Québec, nous avons désormais 12 espèces de tiques.  Mais pourquoi Ixodes scapularis serait-elle plus problématique que les autres?  Tout simplement parce qu’elle transmet la bactérie Borrelia burgdorferi.  Aussi bien dire que la tique à pattes noires est de ce fait un important vecteur de la terrible maladie de Lyme.

Une fois qu’on a été piqué par une tique infectée, les premiers symptômes de la maladie de Lyme apparaissent, généralement, entre 3 et 30 jours après la piqûre.

Érythème causé par la maladie de Lyme.

Rougeur causée par la maladie de Lyme. © Centers for Disease Control and Prevention (CDC)

Parmi les symptômes les plus courants, il y a la rougeur sur la peau, à l’endroit de la piqûre. Mais ce symptôme évident n’est pas toujours présent.  Seulement dans 60 à 80 % des cas d’infection il y a apparition de ces rougeurs sur la peau. Lorsqu’elles sont présentes, ces dernières s’étendent rapidement pour atteindre plus de 5 centimètres. Elles peuvent être en forme d’anneau ou de cible. Elles peuvent aussi apparaître à plusieurs endroits sur le corps.

 

Parmi les autres symptôme, on retrouve ceux qui s’apparentent à un bon rhume: fièvre, fatigue, maux de tête, raideur à la nuque et douleurs musculaires et articulaires.

Il y a aussi les histoires de maladie de Lyme récurrente qui sont beaucoup plus terrifiantes.  La maladie provoquerait des effets rappelant la sclérose en plaque.  Bien des débats ont cours à ce sujet.  Mais disons que ce n’est rien de trop rassurant.

La maladie peut aussi affecter le coeur.

La maladie de Lyme se traite à l’aide d’antibiotiques.  Si on réagit rapidement, la maladie se traite bien.  Mais si l’on prend notre temps, c’est là que les problèmes plus graves surviennent.

Si la tique qui nous a piqué est retirée dans un délai de 24 heures, les risques sont beaucoup moindres de contracter la maladie.  Il faut aussi s’assurer de ne laisser aucune partie de l’acarien à l’intérieur de notre peau.  Lorsqu’on a été piqué dans une zone à risque (voir la carte qui est présentée dans le lien plus bas), il est impératif de faire identifier la tique par des experts.  Si l’on a été infecté, il est obligatoire de déclarer la maladie.

Les détails pour l’identification se trouvent ici.

Après chaque sortie en forêt, il est recommandé de s’inspecter attentivement, question de repérer une tique qui se serait accrochée à soi. Les tiques préfèrent les endroits chauds et humides:  les aisselles, pubis, coudes, genoux, etc. Il faut aussi inspecter les enfants et les animaux de compagnie.  Une bonne douche est de mise.  Et il est fort conseillé de bien se laver les cheveux.  En forêt, il faut revêtir des vêtements longs, fermer le plus hermétiquement possible les cols aux poignets et aux chevilles et porter un chapeau qui ramasse nos cheveux.  Et ce n’est finalement pas une bonne idée de déambuler dans les broussailles ou les sentiers de cerfs de Virginie, animal qui est un hôte fort apprécié de la tique à pattes noires.

Ceci étant dit, l’application de tout cela dans le monde réel est assez complexe.  Le printemps dernier, alors que je travaillais à la réalisation d’images de la rainette faux-grillon, je me trouvais dans l’un des secteurs les plus à risques pour contracter la maladie de Lyme.  Pour faire mes photos, j’étais plus souvent qu’autrement accroupi dans les buissons. Résultat:  j’ai régulièrement trouvé des tiques circulant sur mes mains.  Je les ai écrasées avant qu’elles ne me piquent, mais ce n’était pas très rassurant.  Et ce, même si je n’avais aucune idée si c’était une tique à pattes noires ou une autre espèce.

À la fin de la saison, j’ai finalement été piqué par une tique.  Était-ce une tique à pattes noires?  Aucune idée.  Et c’était une nymphe.  Elle était tellement petite que je ne la voyais presque pas avec mes yeux.  Et j’avais pourtant effectuer une inspection minutieuse à mon retour de forêt.  Et j’avais pris une douche longue et chaude, et je m’étais lavé les cheveux.

Je n’ai pas fait identifié la tique par des experts.  Je l’ai tout simplement retirée et jetée.  Et j’ai attendu l’apparition de symptômes, symptômes qui ne sont jamais venus.  Je croyais qu’il était suffisant d’agir ainsi.  Mais non.  J’aurais vraiment dû faire identifier la tique, parce que je l’ai prélevée, bien involontairement, dans une zone à grands risques:  la Montérégie.

Ce printemps, je retournerai à la chasse à l’image à la rainette faux-grillon.  Mais il est clair que si je suis piqué par une tique, j’agirai cette fois autrement.  Il n’y a pas de chances à prendre avec cette calamité qu’est la tique à pattes noires.

Et dire que les gens me disent souvent qu’il est très dangereux de plonger le Saint-Laurent pour faire des photos.  Je dois bien dire que je suis aujourd’hui beaucoup plus inquiet à l’idée de fréquenter les buissons de la région de Montréal.

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Pour plus de détails, je vous propose de consulter le guide sur le sujet et produit par le gouvernement du Québec.

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Le Saint-Laurent, l’hiver

Depuis 10 ans maintenant, je multiplie les plongées dans les profondeurs du Saint-Laurent. Et je suis toujours étonné de constater que bien des animaux qui s’y trouvent, et qui vivent bien souvent à quelques centaines de mètres seulement de nos maisons, demeurent profondément méconnus.  Méconnus de tous, et même des biologistes et océanographes!

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Pour essayer de comprendre un peu mieux ce milieu de vie spectaculaire que je fréquente assidûment une bonne partie de l’année, j’ai acheté les guides disponibles sur le marché.  En fait, je me suis procuré « le » guide car il y en a vraiment qu’un seul, celui de Pierre-Henry Fontaine.  Je consulte régulièrement ce livre intitulé Beautés et richesses des fonds marins du Saint-Laurent.  M. Fontaine a plongé des décennies durant dans ces eaux et en a rapporté des informations précieuses.  Son guide l’est par conséquent tout autant.  Mais il demeure incomplet.  Comme le sont tous les livres du monde.

Ce qui fait que chaque été, je croise la route d’animaux que je ne connais pas et qui ne figurent pas dans ce guide.  Ou j’assiste, sous les flots, à des comportements que je ne pourrais expliquer, et ce, parce qu’ils ne le sont dans aucun livre.

Afin de m’aider à mieux comprendre la vie qui s’installe dans la colonne d’eau du Saint-Laurent, je me suis dernièrement procuré le magnifique ouvrage de Christian Sardet et édité par l’Ulmer.  Le titre:  Plancton.  Aux origines du vivant.  C’est grâce à ce livre que j’ai pu identifier les appendiculaires qui foisonnaient dans les eaux du Saint-Laurent, l’été dernier.  Il a enrichi considérablement mes connaissances eu égard à ce grand fleuve car il traite d’animaux que passe sous silence le guide de Pierre-Henry Fontaine. Mon arsenal de connaissances s’est enrichi, mais ça demeure seulement deux livres quand même.

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J’explore le Saint-Laurent au cours des mois « chauds ».  C’est-à-dire du mois de mai au moins d’octobre.  On dit chaud, mais ce ne l’est pas vraiment.  La température de l’eau est en moyenne de zéro à quatre degrés.  Je n’ai plongé qu’une seule fois l’hiver dans le Saint-Laurent.  Et à cette saison, le Saint-Laurent demeure encore plus méconnu qu’il ne l’est l’été.

Heureusement, une équipe de recherche s’affaire ces jours-ci à étudier le Saint-Laurent, l’hiver.  Pour plus de détails, on peut lire cet article:

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Maître renard

Aujourd’hui fut une journée difficile dans le boisé du Tremblay.  Bien du vent et un peu de pluie.  Aussi bien dire que les animaux se faisaient discrets. Et moi de geler pendant ce temps-là!

Heureusement, il y avait au moins un arbre sur lequel a grimpé une vigne au cours des dernières années.  Les fruits attiraient tout un groupe de grives qui se sont relayées tout le jour pour les ingurgiter.  Il s’agissait fort probablement de grives à dos olive.  Mais je trouve qu’il est très difficile de les distinguer de la grive à joues grises.  Alors si quelqu’un est en mesure de les identifier mieux que moi, je suis preneur de l’information.

Autour de l’étang où je me trouvais, je n’ai pas aperçu beaucoup d’autres espèces d’oiseaux que les grives.  Il y avait bien sûr quelques mésanges à tête noire.  Comme toujours. Et des juncos ardoisés, mais rien qui sortait vraiment de l’ordinaire.

J’ai alors décider de chercher plutôt les dernières grenouilles qui chantaient, mais je ne suis pas parvenu à les prendre en photo.

C’était vraiment un jour difficile, quoi!

Sur le chemin du retour, je me suis arrêté dans le sentier du castor.  Il l’emprunte pour aller couper des arbres un peu plus loin dans la forêt.  J’espérais l’apercevoir. Et le prendre en photo. Je me suis arrêté là.  Et j’ai attendu.  Cinq minutes peut-être.  Et c’est alors que j’ai alors entendu un son.  Un jappement en fait.  J’ai tout de suite reconnu le cri du renard roux.  J’ai pénétré plus loin dans la forêt.  Tout doucement.  En essayant de faire le moins de bruit possible.

C’est alors que j’ai vu une silhouette bouger à travers les bosquets.  C’était le renard.  J’ai cessé de bouger.  Me disant que je serais très chanceux s’il venait vers moi puisque j’avais le vent dans le dos.  Mon odeur s’en allait donc directement sur le renard.  Celui-ci a quand même progressé vers moi encore quelques pas.  Sa tête a de ce fait percé entre les broussailles.  Il était assez loin de moi.  Mais il m’a senti quand même. Le renard s’est arrêté, inquiet, et m’a regardé.  J’ai eu une grosse seconde pour prendre ma photo.

Finalement, le jour s’est bien terminé.  Comme toujours 😉

renard (1 sur 1)

La lumière change

Le froid a beau se faire attendre, il n’en demeure pas moins que l’automne est maintenant bien installé autour de nos chaumières.  Même si on vit dans le coin de Montréal.  À preuve, la lumière beaucoup moins éclatante que l’on a présentement sur nos sites de photo, contrairement à la période estivale.

Ça fait que ce matin, j’étais beaucoup trop tôt dans le marais pour que ça en vaille la peine.  Pendant une heure, je n’ai rien pu  faire d’autre qu’attendre l’arrivée de la lumière. Mon appareil photo étant tout simplement dépassé par les événements lorsqu’ils se produisent à 6h30 le matin, l’automne.  La lumière étant juste trop faible.

Quand le soleil a fini par éclairer mon étang, j’ai eu la change d’apercevoir une belle buse.  D’accord, elle était très loin.  Mais ça demeure une buse qui doit réussir à vivre dans la région métropolitaine, là où il y a beaucoup plus d’automobiles que d’arbres.  Alors, chapeau à elle!

buse (1 sur 1)

Plus le jour se levait, et plus les oiseaux s’animaient.  Et j’étais là pour eux.  Pour tester une nouvelle configuration caméra.  Qui implique un capteur plus petit que mon « full frame » que j’utilise normalement.  Plus petit le capteur, certes, mais la caméra, elle, est plus réactive avec mon téléobjectif que mon « full frame ».  Je me dis donc que le match devrait être parfait.

Pour tester la chose, un épervier brun m’a fait signe.  Il était très haut dans l’arbre.  Mais il est demeuré immobile le temps que je teste quelques trucs. Pas très convaincants mes tests, mais bon, ça reste un épervier brun qui vit…vous me voyer venir, j’imagine, avec la région métropolitaine ? 😉

Le plus drôle, c’est que j’ai pris une photo de cet épervier qui ressemble en tout point au dessin de Charles Beckendorf que je me suis procuré récemment et que j’ai reçu aujourd’hui par la poste.  Ok, ok, c’est une lithographie (la 80e sur 300), car je n’ai pas les moyens de me payer un original de ce peintre américain, mais n’en demeure pas moins que la photo et le dessin ont quelque chose à partager entre eux 😉

La lumière faible de ce jour a malmené le plus petit capteur de cette nouvelle caméra Sony A77ii.  Faudra que je retourne plusieurs fois tester la machine sur le terrain pour savoir vraiment ce qu’elle a à offrir, mais bon, de prime abord, je suis pas mal convaincu que je devrai hausser la vitesse d’obturation et baisser les ISO quelque peu, question de réduire le bruit.  Ça devrait constituer de beaux défis. Elle semble plus capricieuse que mon « full frame’ cette caméra aps-c!

Je vous en donnerai des nouvelles, promis.

D’ici là, voici quelques photos du jour:

 

Rainette le film: Une étape de plus

Voilà, je viens de remettre un nouveau document dans le cadre d’une nouvelle demande de subvention pour la réalisation d’un autre documentaire animalier.  Il porte sur la rainette faux-grillon celui-là.

La rainette faux-grillon est une magnifique grenouille d’au plus deux centimètres vivant dans la grande région de Montréal.  Et elle connaît des jours affreux, la spectaculaire rainette.  Parce que l’étalement urbain et l’agriculture industrielle ont détruit ses habitats.  Et parce que les changements climatiques lui rendent les printemps plutôt inconfortables.  Il ne reste aujourd’hui plus qu’une dizaine de populations au Québec de rainettes faux-grillon.

Alors aussi bien le dire crûment: cette grenouille pourrait disparaître au cours des prochaines années!

La rédaction de cette demande de subvention m’a rappelé mon printemps dernier.  Et tout le défi que mon repérage printanier visant ladite rainette a été.  J’ai passé de très nombreuses heures à geler assis dans des flaques d’eau pour être en mesure de filmer la rainette comme je le voulais.  Et pour observer et capter ses comportements qui me sont dignes d’intérêt. J’ai réussi à faire ce que je voulais.  Mais j’ai travaillé très fort!

Un tel sujet ferait le plus beau des films animaliers il me semble.  Et un film qu’il est urgent de faire considérant le statut précaire de l’animal en question.

Bref, je touche du bois et j’espère obtenir des sous pour le faire, ce fameux film!  C’est à suivre, donc!

 

Poussins devenus grands

C’est la fin de l’été, et les gélinottes huppées se rencontrent encore fréquemment en groupes.  Les groupes étant formés d’individus qui sont issus de la même couvée, plus souvent qu’autrement.  Au fil des prochains mois, ils se disperseront, chacun menant sa vie dans un coin de la forêt.

En fin de semaine, je suis tombé sur l’un de ces attroupements.  Il devait bien y avoir 4 ou 5 gélinottes autour de moi.  Mais bien difficile d’identifier dans un tel lot, à ce moment-ci de l’été, le parent.  Car les poussins sont devenus grands maintenant. Ils se ressemblent donc tous.

Ce qui permet encore de différencier le parent des juvéniles, c’est le petit cri d’alarme qu’il lance lorsqu’il perçoit un danger; en fin de semaine, c’était moi, en l’occurrence. Les autres gélinottes ont alors accouru vers le sonneur d’alarme.

J’aime beaucoup cet oiseau.  Son plumage camouflage aux teintes brunâtres peut certes laisser indifférent l’amateur de couleurs.  Mais quand on y regarde de plus près, on se rend rapidement compte que ce plumage est riche en diversité et en teintes.  Et qu’il est très efficace.  Combien de fois un promeneur passera tout juste à côté de l’une de ces poules sauvages immobiles sans même l’apercevoir!

Pour le photographe, la gélinotte représente un super sujet.  Une fois qu’on l’a repéré, l’oiseau fait encore bien souvent confiance à l’efficacité de son plumage.  Il doit espérer qu’on ne l’a pas vraiment repéré.  Ce qui fait qu’on peut l’approcher d’assez près avant de forcer sa fuite précipitée.  J’aime réussir une photo de l’oeil de la gélinotte d’une façon telle qu’on perçoive sa pupille.

L’hiver, la gélinotte est aussi très intéressante comme sujet.  Par journées froides et de nuit aussi, elle s’enfouit dans la neige.  À l’instar des Inuits, elle a compris que la neige forme un excellent isolant.  Combien de fois m’est-il arrivé de marcher dans les bois sans même apercevoir la cachette de l’oiseau.  Lorsque celui-ci me sent venir trop près de lui, il s’envole alors dans une explosion de neige, me faisant faire un saut à chaque fois.

Et l’hiver, la gélinotte est beaucoup plus facile à apercevoir que l’été.  Elle fréquente alors des boisés mixtes où elle peut se mettre à l’abri des intempéries hivernales dans des conifères.  Mais lorsqu’elle se déplace pour s’alimenter, elle se trouve alors sur les branches des arbres sans feuille.  Facile à cibler pour une photo, donc.

 

Un trio de rorquals à bosse

Hier, je dois bien le dire, nous avons vécu une journée en mer mémorable.  Le Saint-Laurent était d’un calme olympien.  Sans vagues.  Le soleil était au rendez-vous.  Ce qui permettait d’admirer ce cours d’eau de la plus belle façon qui soit.

Et les rorquals à bosse étaient présents!  Un trio de ces animaux impressionnants croisaient allègrement la route du zodiac.  De si près que nous recevions en plein visage l’humidité produite par leur respiration!

Je les voyais sur le sonar.  Elles plongeaient jusqu’à une profondeur de 130 mètres!

Parmi le trio de cétacés, il y avait un veau.  Depuis quelques décennies, les rorquals à bosse qui fréquentent le Saint-Laurent sont de moins en moins souvent accompagnés de veaux.  Cela inquiète les biologistes qui suspectent des problèmes de reproduction chez cette espèce qui fut grandement malmenée, jadis, par les baleiniers.  Des dizaines de milliers de rorquals à bosse ont été tués au XXe siècle pour en extraire une huile qui permettait d’allumer des réverbères ou de lubrifier des machines capricieuses.

Pour en savoir plus sur les problèmes qui semblent affecter cette baleine, les biologistes de la station de recherche de Mingan ont débuté une opération consistant à prélever des échantillons de gras sur le dos des femelles rorquals à bosse.  Question de connaître leur état de santé et de vérifier si elles sont enceintes.  On aura des nouvelles de tout ça dans les prochaines années, j’imagine.

Cela étant dit, voir un veau tout juste devant notre zodiac ne nous permet assurément pas d’être rassurant par rapport à l’avenir de cette baleine, mais ça reste quand même une bonne nouvelle.  Et ce fut un spectacle tellement extraordinaire!