Presque!

Le piégeage photographique est une approche très difficile.  Les échecs sont à ce jeu beaucoup plus nombreux que les réussites.

Depuis quelques semaines, je tente de réaliser des photos d’ours noir.  Mais de très près.  Et au grand-angle.  Tel est mon plan!  Pour ce faire, je laisse ma caméra en forêt, en permanence.

Le problème que je rencontre depuis peu, c’est l’émergence des petits fruits en forêt.  Conséquence:  les ours trouvent amplement de nourriture en nature pour éviter religieusement mon poste d’alimentation.  Et donc pas de photos pour résultats.

Étant donné que les ours se font rares ces jours-ci, j’utilise plutôt mon piège photo pour les lièvres.  La caméra est au niveau du sol.  À la bonne hauteur pour poser les lièvres.

Évidemment, c’est quand on a configuré son matériel pour les lièvres qu’un ours décide de revenir sur le site.

Dans cette vidéo, on se rend bien compte que mon matériel photo rend l’ours nerveux.  Il l’examine.  Le sent.  Mais les coups de flash ne semblent, eux, ne pas le perturber.  S’il revient souvent sur le site, il finira pas s’habituer à ces bouts de plastique qui émettent de drôles de bruits.  Il restera de ce fait plus longtemps devant mes caméras.  Les images s’en trouveront bien meilleures!

Hier, la caméra étant positionnée comme elle l’était est certes parvenue à prendre des photos de l’ours, mais le sujet était quelque peu hors focus.  Les photos sont par conséquent ratées.  Il faut dire que j’avais placé la zone de focus pour le passage d’un lièvre.  Et non d’un ours.

Ces séquences et photos démontrent à quel point le piégeage photo est difficile!  Mais c’est encourageant tout de même.  Car je sens que je me rapproche enfin de mon but!

Je vais y retourner demain matin.  Espérant que l’ours sera revenu sur mon site au cours des dernières heures.  Si tel est le cas, je vais positionner la caméra sur un trépied.  Et je placerai la zone de focus à un endroit où j’aurai plus de chances de poser l’ours.

Lorsque l’ours se rendra régulièrement sur le site, je pourrai alors penser à l’affût.  Il n’en demeure pas moins qu’une photo réalisée par un humain donne généralement de meilleurs résultats qu’une photo prise par un piège.

C’est à suivre!

Publicités

Plongée de nuit: un monde de différences!

C’est plus difficile, certes.  Et quand on a déjà passé une grosse journée, c’est une activité franchement épuisante.  Mais la plongée de nuit a tellement à offrir que le jeu en vaut tout de même la chandelle.

Hier, j’étais accompagné sur le Saint-Laurent par deux amis-clients de Boston.  D’entrée de jeu, ils m’ont fait part de leur plan pour la dernière journée qu’ils devaient passer à Baie-Comeau, avec moi (nous avons ensemble plongé toute la semaine):  effectuer deux plongées durant le jour et une dernière…de nuit.  Tout un plan que je savais éreintant.  Mais pas grave, on l’a exécuté quand même.

Ce que j’aime de la plongée de nuit dans le Saint-Laurent, c’est que les animaux sont alors beaucoup plus actifs.  Les sébastes sortent de leur repaire, les poissons entrent en chasse, le zooplancton s’anime.  C’est l’occasion de voir des animaux qui se font toujours très discrets durant le jour.

Au cours de la journée d’hier, j’avais configuré mon caisson sous-marin pour la photographie grand-angle.  C’est dire que je recherchais surtout les poissons. Les seuls que j’ai pu apercevoir durant le jour étaient bien cachés.  Et donc très difficiles à photographier.

La nuit, par contre, ils étaient partout autour de moi!  Les ulvaires deux-lignes, entre autres, étaient légion.  Ces poissons que l’on ne voit que très rarement durant le jour. pullulaient la nuit venue.

Mais les ulvaires sont petits, et je n’utilisais pas un objectif macro.  Alors j’ai plutôt jeté mon dévolu sur les chaboisseaux, les hémitriptères et les sébastes acadiens.  Qui étaient tout aussi nombreux dans les profondeurs noires du Saint-Laurent!

Les psolus écarlates étaient également très actifs hier, durant la nuit.  Ces animaux se nourrissent en « filtrant » l’eau du Saint-Laurent.  Lorsqu’ils sont en action, ils sont ouverts et leurs « balais » remuent constamment les eaux des alentours afin de capturer un élément ou un autre du plancton.  Cela nous procurait tout un spectacle!

Les poissons, comme les sébastes, en profitaient pour se camoufler aux alentours des psolus.  Les crabes communs les utilisaient aussi comme abri.  Toute une faune gravitait autour de ces animaux qui ressemblent à des fleurs.

Et ce, sans parler de tous les animalcules qui se trouvaient dans la colonne d’eau et que je n’ai pu poser faute d’avoir avec moi mon objectif macro!

Tout ça pour dire qu’il faudra bien remettre ça.  Car bien connaître le Saint-Laurent, ça veut aussi dire y plonger de nuit!

Objectif: ours!

Depuis quelques jours, j’organise un site d’appâtage pour l’ours noir.  J’aimerais les prendre en photo, de proche.  J’espère y parvenir d’ici la fin de mon séjour sur la Côte-Nord.

Quand les ours seront habitués à venir prendre mon pain à la mélasse, je pourrai m’installer à l’affût et les prendre en photo à mon goût.

J’ai déjà eu la visite d’ours ces derniers temps.  Mais ils sont venus seulement deux jours.  Voir la vidéo ci-bas.

(Cette vidéo a été réalisée avec une simple caméra de surveillance.  Ça me permet de connaître les détails concernant les visites des ours sur mon site, mais les images ne sont pas terribles.)

Pour l’heure, les petits fruits sont sortis dans les bois.  Les ours sont par conséquent trop irréguliers sur mon site pour que ça vaille la peine que je m’y installe.  Quand j’aurai une bonne semaine de fréquentations régulières des ours, je le ferai.  Ça ira probablement plus vers la fin de l’été.

D’ici là, mon site fait la joie des lièvres d’Amérique.  À la tombée du jour, ils accourent et mangent mon pain à la mélasse.  Les écureuils roux aussi, d’ailleurs 😉  Mais eux, il s’y risquent en plein jour!

(Ces photos ont été réalisées grâce à du trappage-photographique)

 

Poser la langue, c’est tout un art!

L’autre jour, quelqu’un me demandait comment je faisais pour prendre en photo les couleuvres rayées alors qu’elles ont la langue sortie.

Comme ces photos, par exemples.  Il s’agit d’une couleuvre que j’ai posée aujourd’hui.

Le plus difficile, on s’en doutera d’emblée, c’est évidemment de trouver ladite couleuvre.  Plus l’été avance, et plus les couleuvres trouvent une végétation dense où se cacher.  Là où elles sont impossibles à apercevoir, ou peu s’en faut.

Mais elles ont quand même un point faible.  Comme ce sont des reptiles, les couleuvres sont des animaux à sang froid.  Ça veut dire qu’elles ont besoin de la chaleur ambiante pour s’animer.  Tôt le matin, après une nuit froide, il est beaucoup plus facile de les repérer, car elles sortiront dans les sentiers pour se réchauffer; ou elles se trouveront un promontoire pour mieux recevoir de là les rayons du soleil.  C’est comme ça qu’on les repère le plus facilement.

Et quand on les repère tôt le matin, autre avantage, elles ne sont pas encore parvenues à réanimer complètement leurs énergies.  On pourra de ce fait les approcher plus facilement.  Car elles seront plus lentes à fuir.

Ça, c’est mon truc pour les repérer et les approcher.

Mais une fois que c’est fait, ça ne veut pas dire que ce sera si facile que ça de poser la langue de la couleuvre.  Pour y parvenir, j’utilise un objectif macro.  Avec une longue focale.  Pour ma part, j’utilise l’objectif macro Tamron 180mm que je monte sur ma Sony A77ii (rapport de magnification de 1.5 dû au capteur APS-C).

De ce fait, je peux avoir un rapport d’agrandissement de 1:1 tout en étant à une assez bonne distance du sujet.  Utiliser un objectif macro plus court en terme de focale provoquera fort probablement la fuite de ladite couleuvre qui sera effrayée par notre proximité.

Et si on utilise un téléobjectif, on a toutes les chances de se retrouver avec toutes sortes de brindilles et de branches qui obstrueront le champs de vision. La photo, du coup, ne sera pas très intéressante. Pour poser, les couleuvres, moi, j’entre carrément dans les buissons et herbes hautes. C’est comme ça que je parviens à éliminer tous les éléments pouvant obstruer mon champs de vision.

Bon.  Maintenant qu’on a notre sujet face à soi, qu’on a le bon matériel pour faire la photo qu’on souhaite, pourquoi est-ce que la couleuvre reste de marbre, devant nous, sans sortir la langue?  Tout simplement parce qu’elle nous a repéré bien avant que nous l’ayons fait nous-mêmes.  Ce qui veut dire qu’elle se fie dès lors à sa force de camouflage pour s’en sortir indemne.  Car elle nous craint malgré tout.  Après tout, comment voulez-vous qu’elle devine qu’on veut juste poser sa langue?! 😉

Mon truc pour faire sortir la langue est bien simple.

Je me place à genoux, en position prêt à prendre une photo…tout juste devant la couleuvre. Je suis peut-être à 30 centimètres de mon sujet. Je fais le focus sur la tête de celui-ci.  Je ferme suffisamment le diaphragme pour avoir les yeux au focus ainsi que la gueule du reptile.  Et je garde mon oeil dans le viseur. Et là, le doigt sur le déclencheur, je remue énergiquement mes pieds dans les herbes environnantes. Étrange comme comportement?  Oui, assurément.  Mais ce bruit qui provient de derrière moi surprend la couleuvre.  Elle se met dès lors à relire son environnement pour comprendre ce qui se passe autour d’elle.  Et pour lire son environnement, elle le fait d’une seule façon.  Hé oui, en tirant la langue.

Voilà, vous savez tout!

Petit truc pour mieux combattre le flou de bougé

En photographie animalière, le flou de bougé est probablement notre pire ennemi.  Parce que les conditions pour poser un sujet sont souvent difficiles (un oiseau au loin, un insecte très proche, un terrain boueux, un vent fort, le froid, etc.), nous flirtons toujours avec le flou de bougé.

Le flou de bougé est provoqué par les vibrations communiquées au boîtier au moment de la prise de vue.  Nos mains sur l’appareil ou notre doigt qui appuie sur le déclencheur peuvent être suffisants pour transformer une image magnifique en véritable catastrophe.

Et soulignons-le bien énergiquement:  le flou de bougé est irrécupérable en post-production.  Une image floue est gâchée, point à la ligne.

On peut évidemment combattre le phénomène du flou de bougé de plusieurs façons.  Par exemple, en macro, lorsque j’appuie sur le déclencheur pour prendre ma photo, je retiens ma respiration.  Ça minimise les vibrations que je communique au boîtier.  On peut aussi augmenter la vitesse d’obturation. Mais ce n’est pas toujours possible compte tenu des conditions d’exposition du moment.

On peut aussi utiliser un trépied.  En macro, je l’utilise dans 75% des situations environ.  Mais là encore, le flou de bougé est possible.  Au moment d’appuyer sur le déclencheur, nous imposons un mouvement au boitier, même s’il est fixé à un trépied.  En macro, ça peut être suffisant pour placer notre très courte zone de focus à côté de la cible.

Que peut-on alors faire?  On peut certes utiliser le retardateur.  Ainsi, on ne touche pas au boîtier au moment de la prise de la photo.  Mais travailler ainsi, ça revient à laisser un peu au hasard la prise de la photo.  Moi, en ce qui me concerne, je n’aime pas.

Je préfère pour ma part la télécommande.  On évite ainsi complètement le flou de bougé provoqué par le mouvement du boîtier.  Bien sûr, un flou de bougé peut quand même survenir à cause de l’environnement qui bouge (un brin d’herbe balloté par le vent par exemple), mais ça, c’est un autre dossier.  Pour l’heure, concentrons-nous seulement sur le flou de bougé provoqué par notre manipulation du boîtier.

Alors donc, travailler à la télécommande, c’est bien, car c’est la meilleure façon d’éliminer les risques de flou de bougé.  Mais ça peut être assez pénible aussi.  La télécommande qu’on se doit de tenir toujours d’une main, le trépied de l’autre.  Ou alors on laisse pendre la télécommande et celle-ci se retrouve dans la vase, voire pire, sous notre botte!  Avouons-le, ce n’est pas l’idéal.

Afin d’éviter ces désagréments, je vous donne un petit truc tout simple: Collez votre télécommande sur l’un des pieds de votre trépied!  J’utilise du ruban-gommé pour ce faire.

C’est vraiment l’idéal!  La télécommande ne se retrouve jamais dans notre chemin.  Ni par terre. Et quand je place mon trépied pour la prise de vue, le bouton pour déclencher l’appareil est mieux placé sur la jambe du trépied que sur le dessus du boîtier.  En ce qui me concerne, ç’a changé ma vie.  Ma vie dans les marais, on s’entend 😉

Il faut quand même faire attention au moment du déclenchement.  Car la télécommande, touchant au trépied, peut de ce fait transmettre des vibrations au boîtier au moment de la prise de vue.  Mais en appuyant délicatement, on évite les problèmes.

Je dirais même que les résultats sont là pour le prouver.  Voici deux photos d’un tipule prises avec cette configuration.  On voit bien que les lignes sont très nettes.  Et les détails dans l’oeil du tipule très clairs.  Bref, ça fonctionne bien!

Temps couvert

Aujourd’hui, la lumière était faible dans le marais.  Le couvert nuageux ne laissait filtrer qu’une partie de la lumière du jour, rendant assez complexe la prise de photo.

Ça me tentait quand même de travailler en lumière naturelle.  Question de donner un petit aura de mystère à mes photos.

Le temps n’était pas seulement couvert.  Il faisait également froid.  Cela m’a donné un coup de main puisque les insectes, gelés de leur état, ne bougeaient presque pas.  Il fallait les trouver, certes, mais une fois repérés, ils devenaient de bons sujets pour la photo.

J’ai particulièrement ciblé les diptères.  Il y en avait plusieurs qui s’étaient installées au sommet des plantes, espérant l’arrivée prochain de ces chauds rayons du soleil qui sauraient les remettre en énergie.

Comme je ne me déplace jamais sans mon flash, j’ai aussi pu travailler en lumière artificielle.

J’ai récemment appris qu’à peu près aucune des espèces de limace que l’on rencontre au Québec ne sont indigènes.  Ce sont toutes des espèces provenant de l’étranger, de l’Europe principalement.

C’est pourquoi je me doutais bien que la limace que j’ai vue aujourd’hui ne provenait pas du Québec.

limace

Comme de fait, il s’agit de Deroceras reticulatum, une espèce provenant d’Europe et d’Afrique du Nord.

Grande consommatrice de feuilles tendres, les jardiniers ne l’apprécient pas beaucoup…

Leste contre araignée, qui gagne?

Dans les buissons, il y a mille et une guerres qui se mènent à chaque instant.  Et les vainqueurs ne sont pas toujours ceux à qui on pense nécessairement dans un premier temps.

Hier, j’ai assisté à une lutte épique opposant le charmant leste disjoint à l’araignée tetragnatha.

De prime abord, le leste semble beaucoup trop sympathique pour être un guerrier digne de ce nom.  Et pourtant, il ne faut pas se laisser tromper par ses belles couleurs ou son allure frêle.  La gueule de cet animal est fait pour broyer et déchiqueter.

Quand on pense aux marais et aux buissons, c’est l’image de l’araignée qui nous vient immédiatement en tête quand on songe au prédateur suprême de ce micromonde.  L’araignée tetragnatha est, qui plus est, une araignée assez grosse dans ce monde.  Elle sait se dissimuler le long de tiges dans l’attente d’une proie qui aurait le malheur de passer trop près.  Sa toile est pour elle également une arme redoutable qui peut en amener plusieurs à tomber malheureusement entre ses chélicères gourmandes.

Alors bien malin qui pourrait dire qui remporterait la bataille entre ces deux super prédateurs du marais.

Mais moi j’ai trouvé la réponse pour vous.

Le leste disjoint haut la main!!!

***

J’ai réalisé ces deux dernières photos avec l’objectif macro 90mm de Sony + flash diffusé.  À main levée.

La macro est généreuse

Certes, ce n’est pas une approche facile en photo nature.  La macro exige de développer un sens de l’observation redoutable pour parvenir à dénicher les sujets qui sauront faire une bonne photo.

Et c’est aussi assez difficile (mais on a des trucs) de placer le focus au bon endroit quand le sujet peut ne mesurer que quelques millimètres.

Indubitablement, la macro est exigeante et éreintante!

Il n’en demeure pas moins que cette approche permet de multiplier les occasions de prendre une photo.  Contrairement à la photo visant les mammifères, ou même les oiseaux, il y a pratiquement toujours dans le secteur un insecte, un amphibien, un reptile ou une fleur qui ne demandent pas mieux que d’être photographiés.  Et ceux-là peuvent vivre tout juste à côté de votre maison.  On ne peut très certainement pas en dire autant de mes sujets sous-marins 😉

Bien sûr, la macro exige que le photographe se salisse, mais les photos ainsi obtenues sont parmi celles qui m’impressionnent le plus.  Toujours!

J’adore aussi le fait qu’il est beaucoup plus facile de capter, par l’entremise de la macro, des comportements spectaculaires chez les insectes, ou même les amphibiens et les reptiles, qu’on ne peut le faire en se concentrant sur les mammifères ou les oiseaux.

Aujourd’hui, par exemple, j’ai assisté à la chasse des lestes disjoints.  Ils se tenaient bien tranquilles au sommet des herbes hautes dans l’attente du passage d’un moustique ou d’un autre petit insecte volant.  Quand celui là passait dans les parages, les lestes se jetaient sur lui.  Pour mieux le dévorer en quelques instants seulement.

Quelques instants plus tard, je croisai la route d’une araignée qui transportait sa progéniture sur son dos.

Assister à des comportements de prédation et de reproduction sur quelques mètres de déplacement seulement, il n’y a vraiment que la macro qui permette cela 😉

Dans les prochains jours, je commencerai le tournage de mes capsules qui s’intégreront à un cours d’introduction à la macrophotographie.  En ma compagnie, vous pourrez apprendre les rudiments de cette approche photographique qui n’est rien de moins que formidable!

Alors restez à l’affût.  Ça s’en vient 😉

Tiques à pattes noires: peut-on encore profiter de la nature?

Il y a quelques jours, j’ai publié sur Facebook une photo de tiques à pattes noires que nous avions retrouvée, au gré d’une sortie photo en marais, sur les vêtements de mon ami Tommy.  En dessous de la photo, je mettais en garde la communauté qui me suit sur ce réseau social sur les risques de contracter la maladie de Lyme. Et les questions ont depuis déboulé dans ma boîte de messagerie privée.

tique

La forte réaction engendrée chez les gens à la vue de cette photo m’a convaincu de la nécessité de rédiger un article qui analyse les risques que pose la présence nouvelle de la tique à pattes noires, chez nous, au Québec.

Tout d’abord, la grande question: Peut-on encore se rendre en nature et jouer dans l’herbe comme nous le faisions, nous de la « vieille » génération, lorsque nous étions enfants?  Peut-on encore profiter de la nature? Ou doit-on plutôt se cantonner désormais sur l’asphalte et le béton? Réponse:  oui, on peut encore profiter de la nature.  Mais non, pas comme on le faisait dans les années 1970-1980.

La tique à pattes noires:  qui est-elle?

Il ne s’agit pas d’un insecte, mais bien d’un acarien.  La tique à pattes noires (Ixodes scapularis), ou tique à chevreuil, est minuscule.  Il s’agit d’un parasite qui se nourrit du sang des mammifères.  La tique à pattes noires peut vivre environ deux ans.  C’est un vecteur important de plusieurs maladies, dont la maladie de Lyme.

Le corps d’une tique à pattes noires adulte est ovale, de couleur orange, brun à rougeâtre.  Il y a une légère variation de couleur entre les mâles et les femelles.  Les mâles sont plus petits que les femelles.  Pour des images de la fameuse tique, cliquer ici.

Une tique à pattes noires adulte mesure environ de 2 à 3 mm de longueur. Son corps est aplati de haut en bas.  Sa tête est formée de pièces buccales pointues dont la tique se servira pour percer la peau de son hôte et y planter ainsi son rostre.  Elle aspirera du sang de la sorte.  Pendant qu’elle boit du sang, l’estomac de la tique prend de l’expansion.  L’acarien pourra ainsi atteindre une taille de près de 1 cm (pour les femelles).  Le corps gorgé de sang de ce petit parasite devient grisâtre.

La tique à pattes noires traverse trois stades de développement au cours de sa vie.  Il y a la larve, puis la nymphe et l’adulte.  La larve est quasiment invisible à l’oeil nu.  À ce stade, elle ne peut pas transmettre la maladie de Lyme.  Seuls la nymphe et l’adulte le peuvent.

La tique à pattes noires ne vole pas (puisqu’elle est dans la famille des araignées).  Et ne saute pas. Elle est lente. Et sa méthode de travail est rudimentaire.  Elle s’accroche à des herbes hautes et attend, très patiemment, le passage d’un hôte.  Celui qui se frotte à ces herbes permettra à la tique de s’accrocher à lui.  La tique grimpera sur lui et cherchera le meilleur endroit où se nourrir.  Chez l’humain, elle favorisera les endroits humides comme les aisselles, le pubis, la région de l’anus, le nombril ou l’espace entre les orteils. Le cuir chevelu et l’arrière des oreilles sont aussi de bons endroits pour la tique.  Une fois l’endroit choisi, la tique percera la peau à l’aide de son rostre et préparera son corps pour son prochain repas.  L’opération peut prendre jusqu’à 24h. La morsure est indolore. En cours de processus, la tique porteuse de la bactérie borrelia burgdorferi (responsable de la maladie de Lyme) ne pourra contaminer son hôte.  C’est seulement quand elle aura commencé à se nourrir qu’elle pourra transmettre la bactérie à son hôte.  C’est pourquoi on dit de retirer la tique qui s’est accrochée à soi le plus rapidement possible.

Pour devenir un vecteur de la maladie de Lyme, la tique à pattes noires doit d’abord mordre un mammifère porteur de la bactérie problématique (borrelia burgdorferi).  Les principaux réservoirs de cette bactérie sont les rongeurs.  Chez nous, la souris à pattes blanches est le principal réservoir.  La tique qui mord ces rongeurs s’infecte et passe ensuite la maladie aux autres mammifères sur lesquels elle s’accroche, comme les chevreuils ou les chiens.  Les mammifères porteurs de la bactérie ne peuvent contaminer des humains, même si on les mange (je ne parle pas des chiens ici, évidemment 😉 ).  Il faut que la bactérie borrélia se retrouve dans une tique pour être par la suite transmise à l’humain. La bactérie se retrouve dans le sang et se disperse dans l’ensemble du corps de son hôte, là où elle devient très difficile à éliminer (si on n’agit pas rapidement du moins).

Il y a quelques années, cette espèce de tique était absente du Québec.  Le réchauffement climatique a permis à celle-ci de s’implanter chez nous.  Évidemment, elle n’est pas arrivée jusqu’ici en marchant.  La tique à pattes noires voyagent en s’accrochant aux oiseaux migrateurs.  Auparavant, elles ne parvenaient pas à survivre à nos hivers rigoureux.  Nos nouveaux hivers doux lui conviennent par contre parfaitement.  D’où l’explosion de la population de tiques qu’on subit!  Mais sans son réservoir à bactérie borrelia, la tique à pattes noires demeure inoffensive.  Le malheur est que le réchauffement climatique permet aussi à la souris à pattes blanches d’étendre son territoire vers le nord.  À raison de quelques kilomètres par an.  Et c’est cette souris qui fournit ladite bactérie problématique à la tique.

La tique à pattes noires profite également de l’urbanisation intensive qui élimine ses prédateurs (oiseaux, insectes, araignées) en détruisant leurs habitats.  Cette élimination se produit également par l’usage intensif de pesticides et de fongicides.  Pour en savoir plus, cliquez ici.  On a également éliminé bon nombre de prédateurs des rongeurs qui sont les réservoirs de la borrélia.

Le monde sans bon sens qu’on se construit à l’encontre de la nature favorise la maladie de Lyme en permettant l’accroissement de ses réservoirs (les rongeurs) et de son vecteur (la tique à pattes noires).  Ce problème, c’est nous qui l’avons engendré.  Et nous commençons maintenant à en payer les conséquences, et ce, de notre propre santé et de celle de nos enfants.

La maladie de Lyme

La maladie de Lyme est une zoonose.  C’est une maladie infectieuse qui affecte l’humain et de nombreux animaux.  Elle est transmise par la morsure d’une tique infectée.

Cette maladie bactérienne n’a été officiellement reconnue qu’en 1975, et ce, même si on sait maintenant qu’elle fait des victimes chez les humains depuis des milliers d’années.  Ce qui a tourné les projecteurs vers cette maladie qui était jusque-là négligée par les chercheurs (l’est-elle encore?, là est la question) c’est une pandémie d’arthrite rhumatoïde qui a eu lieu aux États-Unis en 1972, dans la ville de Lyme au Connecticut.  Des centaines d’enfants y étaient atteints d’un mal mystérieux. On découvrira par la suite que c’était la maladie de Lyme.

Le biologiste américain d’origine suisse, William Burgdorfer s’est intéressé au drame qui frappait les habitants de Lyme.  Il a isolé des spirochètes de la bactérie borrélia dans la salive et l’estomac d’une tique de type ixodes;  l’agent pathogène ressemblait à celui de la syphilis. Cette bactérie est redoutable, violente et très complexe.  Elle est extrêmement rapide, très mobile, multiforme et parvient à se cacher à peu près n’importe où dans le corps de l’hôte qu’elle contamine, surtout dans les zones difficiles d’accès pour les antibiotiques. Ce qui fait qu’elle résiste aux traitements depuis plus de 40 ans maintenant.

Le nom du biologiste fut donné à ladite bactérie.  Une façon comme une autre de l’honorer j’imagine.

Au tournant des années 2000, un projet de vaccin contre la maladie de Lyme a été testé, mais sans succès.  La mauvaise publicité qu’on a fait au vaccin l’a rendu insoutenable commercialement.  La compagnie qui le produisait l’a donc abandonné.

Bien que cette bactérie existe depuis des temps immémoriaux, elle a évolué au fil de l’évolution et est devenue beaucoup plus résistante.  L’usage inconsidéré des antibiotiques y ayant très certainement contribué.

Certaines hypothèses qui donnent la chair de poule stipulent également que la bactérie aurait été manipulée en laboratoire pour la rendre plus puissante.  C’est le laboratoire Plum Island qui s’en serait chargé.  Or, celui-ci se trouve tout juste à côté de la petite ville de Lyme! Est-ce que la bactérie s’en serait échappée?  C’est ce que certains prétendent en tout cas.

Celui qui se fait mordre par une tique infectée présentera parfois des lésions cutanées.  On parle de rougeurs en forme de cible dont le diamètre sera d’environ 5 centimètres.  Elles apparaissent dans seulement 60 à 80% des cas. On ne peut donc pas s’y fier totalement pour savoir si on est infecté ou non. Les autres symptômes apparaîtront quant à eux de 3 à 30 jours après la morsure.  On parle alors de fièvre, de fatigue extrême, de maux de tête, de raideurs à la nuque et de douleurs musculaires et articulaires.

Si de tels symptômes apparaissent chez une personne ayant été mordue par une tique, il faut appeler Info-Santé 811, ou consulter un médecin dans les plus brefs délais (un qui est sensibilisé à la gravité de cette maladie).  Il faut indiquer quelle est la partie du corps qui a été touchée et la date et le lieu où l’on a été mordu.  Il est fortement conseillé de conserver le corps de la tique si possible.  Il pourra être analysé afin de déterminer à coup sûr si la maladie de Lyme est impliquée.

Un traitement par antibiotique intensif sera alors prescrit. L’amoxicilline ou la doxycycline devront être administrés de 14 à 21 jours.  Plus le traitement survient rapidement, et plus les chances de succès sont grandes.

Si rien n’est fait après le déclenchement de la maladie, les premiers symptômes se compliqueront et la maladie de Lyme s’aggravera vraiment.  On parle alors de problèmes graves qui frapperont les articulations, le coeur et le cerveau, entraînant même des problèmes cognitifs affectant le siège de la mémoire.  Les problèmes graves peuvent apparaître rapidement ou s’étaler sur des années. Plusieurs personnes qui ont subi un mauvais diagnostic se retrouvent aujourd’hui dans cette situation.  Heureusement, les autorités québécoises, bien au fait que la maladie de Lyme prend de plus en plus l’allure d’une vaste épidémie mondiale, semblent vouloir rattraper le temps perdu et prendre cette maladie enfin au sérieux.

Dans cette vidéo, le médecin François Milord de la Santé publique de la Montérégie explique la nouvelle réalité qu’impose la présence de la tique à pattes noires sur le territoire québécois:

Pour tenter d’enrayer la seconde phase critique de la maladie de Lyme,  les spécialistes auront recours aux céphalosporines  pour une durée de 21 à 28 jours, au moins ; par voie veineuse périphérique en cas de méningo-encéphalite.

Pour la forme la plus critique de la maladie de Lyme, ces mêmes traitements seront utilisés, mais sur des périodes plus longues.  Des spécialistes aux États-Unis préconisent même de combiner les antibiotiques pour plus de succès.  Mais on entre là dans un domaine surpassant mes humbles compétences en matière de santé.

Ce que je puis dire toutefois, c’est que plus le traitement s’étire dans le temps, et moins les chances de succès sont importantes. On risque alors de se retrouver porteur de la borréliose (ou maladie de Lyme) pour bien longtemps.

Quoi qu’on fasse, certaines personnes atteintes le demeureront pour le reste de leurs jours.  Des problèmes de dépression peuvent alors survenir, poussant même des personnes au suicide.

Toute la dimension chronique de la maladie de Lyme soulève bien des débats.  Des gens affirment que les traitements sont inutiles pour eux et qu’ils souffrent affreusement de la maladie de Lyme, depuis des années bien souvent, alors que certains médecins soutiennent que ces maux sont le fruit de leur imagination.  Quoi qu’on pense de la position des uns et des autres, il n’en demeure pas moins que la maladie de Lyme provoque bien des souffrances.  Pour en apprendre davantage sur la dimension chronique de la maladie, on peut regarder ce film fort intéressant (Quand les tiques attaquent).  Mais très inquiétant.

On peut aussi regarder ce reportage diffusé dans le cadre de l’émission Découverte de Radio-Canada:

Au Québec, la maladie de Lyme est une maladie à déclaration obligatoire depuis 2003. Les professionnels de la santé qui détectent un cas de maladie de Lyme doivent obligatoirement en informer les autorités de santé publique.

Les zones à risque au Québec

La maladie de Lyme est en expansion au Québec.  Elle est désormais présente dans presque toutes les régions.

Les régions les plus durement touchées sont la Montérégie, l’Estrie, l’Outaouais, et le sud de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Si on est mordu par une tique à pattes noires dans ces zones fortement à risque, on préconise un traitement par antibiotique préventif.  Et ce, parce qu’environ 30% des tiques de ces secteurs sont porteuses de la maladie de Lyme.

L’Estrie est tellement frappée durement que le traitement préventif pourra être prescrit directement par les pharmaciens.

Dans les autres régions du Québec, on ne recommande pas le traitement préventif aux antibiotiques, traitements qui ne sont pas très bons pour la santé.  Dans ces cas-là, il faut surveiller l’apparition de symptômes avant de consulter et d’agir.

On peut suivre la progression de la tique à pattes noires sur le territoire québécois en consultant ce site.

Prévention

La meilleure façon d’éviter les problèmes, c’est de tout faire pour ne être mordu par une tique.  Lorsqu’on se promène en nature, il est conseillé de rester dans les sentiers.  Ceux conçus par les humains, et pas ceux réalisés par les passages répétés des cerfs de Virginie.  Ces derniers sont des zones à risque, qu’apprécient fortement les tiques pour se placer en embuscade.

Il est aussi très important de porter des vêtements longs.  De couleur claire si possible.  Il sera plus facile de repérer les tiques sur ceux-ci que sur des vêtements sombres.  Il faut porter un chapeau, entrer son chandail dans son pantalon et le bas de ses pantalons dans ses chaussettes ou ses bottes.  Bref, il faut le plus possible fermer les accès à son corps aux tiques.

Pour ma part, je m’assure en plus d’avoir des manches qui se resserrent au niveau des poignets à l’aide d’un velcro.  Le bas de mon manteau peut se fermer à l’aide d’un élastique.

Sachez que, contrairement aux moustiques, les tiques ne peuvent nous mordre à travers nos vêtements.

Finalement, il est conseillé d’appliquer un insectifuge sur soi. Pour des suggestions de produits, cliquez ici.

Il est aussi possible de se tourner vers les huiles essentielles diluées dans l’eau afin de tenir à distance les tiques.  L’huile essentielle de lavande, de menthe pouliot, de citronnelle, d’eucalyptus, et d’huile de citron seraient efficaces.

Évidemment, en ce qui me concerne, je n’utilise pas ces produits puisque je « pourchasse » les animaux pour mes photos.  J’essaie d’être le moins repérable possible.  Et l’odeur des insectifuges nous rend facilement repérables pour tous les animaux utilisant leur odorat.

Quand je rentre à la maison, à la fin d’une journée en nature, je mets directement mes vêtements à la laveuse.  Ils vont ensuite dans la sécheuse, où ils doivent subir un traitement à la chaleur.  Une fois débarrassé de mes vêtements, je me dirige vers la salle de bain.  Je m’inspecte alors des pieds à la tête, utilisant des miroirs pour l’inspection des régions qu’on peut imaginer.  Je saute ensuite dans la douche.  Et je me lave toujours les cheveux.

Je retourne ensuite voir mon équipement que j’inspecte minutieusement, question de vérifier si je n’aurais pas transporté une tique avec moi.  Les fermetures-éclair sont des endroits que les tiques apprécient comme cachettes.

Si on se rend en nature avec les enfants ou les animaux domestiques, il faut les inspecter eux aussi.

Si vous restez longtemps en nature, on répète cette inspection à la fin de chaque journée.

Comment retirer une tique?

Catastrophe, une tique s’est logée dans notre peau!  Pas de panique, mais il faut quand même la retirer au plus vite.

Pour ce faire, on utilise une petite pince du type pince à sourcils.  Il faut pincer la tique le plus près possible de la tête.  Attention à ne pas pincer l’abdomen.  En le faisant, vous retourneriez dans votre corps tous les fluides qu’il contient, augmentant ainsi les risques d’être contaminés par la maladie de Lyme.

Si on préfère, les pharmacies vendent des pinces spécialisées.  Des tire-tiques.

Voici une vidéo qui montre comment s’y prendre:

Avec une pince à sourcils, c’est plutôt comme ça qu’il faut faire:

Une fois la tique retirée, on la place dans un contenant fermant hermétiquement.  Et on la conserve jusqu’à ce que qu’on soit certain qu’on n’a pas été contaminé.  Car si on l’a été, le médecin pourra la récupérer et l’envoyer à un laboratoire pour faire des analyses.

Une fois la tique retirée, il faut bien laver sa peau avec du savon.  On se lave ensuite les mains.  Et on surveille attentivement l’apparition des symptômes.  Si on est dans une zone à risque, on prend les dispositions pour subir un traitement préventif aux antibiotiques.

Combien de cas au Québec?

Oui, les cas de maladie de Lyme augmentent au Québec année après année.  On a rapporté 32 cas en 2010, 143 en 2013, 160 cas en 2015 et 179 cas en 2016.  C’est beaucoup et peu à la fois.  Sur une population de 8 millions d’habitants, l’incidence est malgré tout minime.  Surtout en comparaison de la progression de la maladie chez nos voisins du Sud.  Aux États-Unis, on prévoit 300 000 nouveaux cas par année!

Ceci étant dit, le printemps 2018 se caractérise par une explosion des tiques à pattes noires au Québec.  Elles sont beaucoup plus présentes que par les années passées.  Cela risque de faire augmenter d’autant le nombre de victimes de la maladie de Lyme.

Mais si vous appliquez comme il faut la recette préventive telle que présentée plus haut, vous minimiserez du coup, et de beaucoup, les risques d’être mordu et contaminé.

Pour ma part, toute mon activité de photo macro se déroule dans les herbes hautes, je fréquente aussi les sentiers de chevreuils et je m’accroupis régulièrement sur le sol pour prendre des photos.  Je n’utilise pas d’insectifuges et je n’ai été mordu qu’une seule fois par une tique, et par une larve qui plus est.  Je suis ce qu’on peut appeler un cas à risque extrême et la prévention fonctionne pour moi.  En circulant sagement dans les sentiers aménagés, vous courrez beaucoup moins de risques que moi.  Et vous les réduirez encore plus si vous faites l’inspection une fois de retour à la maison.

Alors continuez de jouer dans la nature. Mais faites-le prudemment.  Et vous éviterez de ce fait bien des problèmes!

Attention, tortues dans la rue!

En mai et juin, bon nombre d’espèces se reproduisent.  C’est le cas notamment des reptiles du Québec et de la fameuse tortue serpentine.

L’accouplement a lieu en automne chez les tortues serpentines.  Il se déroule dans l’eau.  L’hiver, la tortue serpentine hiverne au fond des étangs ou dans les terriers des rats musqués.  Quand mai arrive, c’est le signal pour la femelle.  Elle quitte alors les eaux stagnantes à la recherche d’un banc de sable, ou de gravier, où elle pourra pondre ses oeufs.  L’accotement des routes et les terrains résidentiels sont souvent ciblés.

Cette tortue est très sédentaire.  Elle ne se déplace guère au cours d’une année.  Exception faite de la femelle au moment de la ponte.  Elle peut alors parcourir plusieurs kilomètres dans l’eau et plus d’un kilomètres sur terre pour trouver un bon endroit où déposer ses oeufs.

Et c’est à ce moment-là que la tortue serpentine est la plus vulnérable.  Elle traverse alors les routes où elle peut se faire écraser, malgré sa grande taille.

L’éclosion des oeufs se produira de la fin août à octobre.  Et encore là, le risque sera grand.  Les petits pourront eux aussi se faire écraser par des voitures lorsqu’ils tenteront de regagner les marais où ils s’installeront.  Ils sont très difficiles à apercevoir sur la route puisqu’ils ne mesurent que quelques centimètres.

Tout comme dans le cas des amphibiens qui meurent en grand nombre sur la route, cette situation nous force à réfléchir à l’urgence d’installer des passages fauniques en grand nombre au Québec.

La tortue serpentine est vorace.  Elle dévore tout ce qui se présente devant elle; de son bec puissant elle attrape:  insectes, amphibiens, poissons, reptiles.  Elle peut même avaler des canetons alors qu’ils nagent.  La tortue les happe par en-dessous!  La serpentine peut aussi manger de la charogne ou des plantes aquatiques.

Cette tortue a peu de prédateurs.  Il faut dire qu’elle est agressive, bien protégée par sa carapace et que son bec est coupant comme des cisailles.  Le raton laveur, la mouffette, le vison et le renard roux s’attaquent toutefois à ses oeufs.

Cette tortue est commune dans tout le sud du Québec.  La modification des rives a toutefois des impacts néfastes sur l’espèce car cela contribue à l’élimination de ses lieux de ponte.  Résultat: l’espèce est en recul prononcé.

Cette tortue est active de jour comme de nuit.  Étant un animal à sang froid, on l’aperçoit régulièrement sur une branche les journées ensoleillées.  En se faisant ainsi chauffer au soleil, elle régule sa température corporelle.

Hier, alors que je me dirigeais vers ma voiture après une autre séance photo passée dans le marais, j’ai aperçu quelque chose qui déambulait dans le gravier du stationnement.  C’était une tortue serpentine!  Mais une juvénile pas plus grosse que la paume de la main (alors qu’un adulte peut peser facilement jusqu’à 34 kilos et vivre près de 50 ans)!

tortue5

 

Une dame était dans sa voiture et s’apprêtait à reculer…directement sur la tortue.  J’ai averti la dame qui ignorait même la présence de tortues au Québec.  Elle a gentiment accepté que je prenne des photos avant de reculer.  J’ai évidemment pris par la suite la tortue et l’ai reportée dans le marais, question qu’elle évite le pire.

Comme quoi, il faut toujours bien regarder avant de reculer avec son auto 😉