Tiques à pattes noires: peut-on encore profiter de la nature?

Il y a quelques jours, j’ai publié sur Facebook une photo de tiques à pattes noires que nous avions retrouvée, au gré d’une sortie photo en marais, sur les vêtements de mon ami Tommy.  En dessous de la photo, je mettais en garde la communauté qui me suit sur ce réseau social sur les risques de contracter la maladie de Lyme. Et les questions ont depuis déboulé dans ma boîte de messagerie privée.

tique

La forte réaction engendrée chez les gens à la vue de cette photo m’a convaincu de la nécessité de rédiger un article qui analyse les risques que pose la présence nouvelle de la tique à pattes noires, chez nous, au Québec.

Tout d’abord, la grande question: Peut-on encore se rendre en nature et jouer dans l’herbe comme nous le faisions, nous de la « vieille » génération, lorsque nous étions enfants?  Peut-on encore profiter de la nature? Ou doit-on plutôt se cantonner désormais sur l’asphalte et le béton? Réponse:  oui, on peut encore profiter de la nature.  Mais non, pas comme on le faisait dans les années 1970-1980.

La tique à pattes noires:  qui est-elle?

Il ne s’agit pas d’un insecte, mais bien d’un acarien.  La tique à pattes noires (Ixodes scapularis), ou tique à chevreuil, est minuscule.  Il s’agit d’un parasite qui se nourrit du sang des mammifères.  La tique à pattes noires peut vivre environ deux ans.  C’est un vecteur important de plusieurs maladies, dont la maladie de Lyme.

Le corps d’une tique à pattes noires adulte est ovale, de couleur orange, brun à rougeâtre.  Il y a une légère variation de couleur entre les mâles et les femelles.  Les mâles sont plus petits que les femelles.  Pour des images de la fameuse tique, cliquer ici.

Une tique à pattes noires adulte mesure environ de 2 à 3 mm de longueur. Son corps est aplati de haut en bas.  Sa tête est formée de pièces buccales pointues dont la tique se servira pour percer la peau de son hôte et y planter ainsi son rostre.  Elle aspirera du sang de la sorte.  Pendant qu’elle boit du sang, l’estomac de la tique prend de l’expansion.  L’acarien pourra ainsi atteindre une taille de près de 1 cm (pour les femelles).  Le corps gorgé de sang de ce petit parasite devient grisâtre.

La tique à pattes noires traverse trois stades de développement au cours de sa vie.  Il y a la larve, puis la nymphe et l’adulte.  La larve est quasiment invisible à l’oeil nu.  À ce stade, elle ne peut pas transmettre la maladie de Lyme.  Seuls la nymphe et l’adulte le peuvent.

La tique à pattes noires ne vole pas (puisqu’elle est dans la famille des araignées).  Et ne saute pas. Elle est lente. Et sa méthode de travail est rudimentaire.  Elle s’accroche à des herbes hautes et attend, très patiemment, le passage d’un hôte.  Celui qui se frotte à ces herbes permettra à la tique de s’accrocher à lui.  La tique grimpera sur lui et cherchera le meilleur endroit où se nourrir.  Chez l’humain, elle favorisera les endroits humides comme les aisselles, le pubis, la région de l’anus, le nombril ou l’espace entre les orteils. Le cuir chevelu et l’arrière des oreilles sont aussi de bons endroits pour la tique.  Une fois l’endroit choisi, la tique percera la peau à l’aide de son rostre et préparera son corps pour son prochain repas.  L’opération peut prendre jusqu’à 24h. La morsure est indolore. En cours de processus, la tique porteuse de la bactérie borrelia burgdorferi (responsable de la maladie de Lyme) ne pourra contaminer son hôte.  C’est seulement quand elle aura commencé à se nourrir qu’elle pourra transmettre la bactérie à son hôte.  C’est pourquoi on dit de retirer la tique qui s’est accrochée à soi le plus rapidement possible.

Pour devenir un vecteur de la maladie de Lyme, la tique à pattes noires doit d’abord mordre un mammifère porteur de la bactérie problématique (borrelia burgdorferi).  Les principaux réservoirs de cette bactérie sont les rongeurs.  Chez nous, la souris à pattes blanches est le principal réservoir.  La tique qui mord ces rongeurs s’infecte et passe ensuite la maladie aux autres mammifères sur lesquels elle s’accroche, comme les chevreuils ou les chiens.  Les mammifères porteurs de la bactérie ne peuvent contaminer des humains, même si on les mange (je ne parle pas des chiens ici, évidemment 😉 ).  Il faut que la bactérie borrélia se retrouve dans une tique pour être par la suite transmise à l’humain. La bactérie se retrouve dans le sang et se disperse dans l’ensemble du corps de son hôte, là où elle devient très difficile à éliminer (si on n’agit pas rapidement du moins).

Il y a quelques années, cette espèce de tique était absente du Québec.  Le réchauffement climatique a permis à celle-ci de s’implanter chez nous.  Évidemment, elle n’est pas arrivée jusqu’ici en marchant.  La tique à pattes noires voyagent en s’accrochant aux oiseaux migrateurs.  Auparavant, elles ne parvenaient pas à survivre à nos hivers rigoureux.  Nos nouveaux hivers doux lui conviennent par contre parfaitement.  D’où l’explosion de la population de tiques qu’on subit!  Mais sans son réservoir à bactérie borrelia, la tique à pattes noires demeure inoffensive.  Le malheur est que le réchauffement climatique permet aussi à la souris à pattes blanches d’étendre son territoire vers le nord.  À raison de quelques kilomètres par an.  Et c’est cette souris qui fournit ladite bactérie problématique à la tique.

La tique à pattes noires profite également de l’urbanisation intensive qui élimine ses prédateurs (oiseaux, insectes, araignées) en détruisant leurs habitats.  Cette élimination se produit également par l’usage intensif de pesticides et de fongicides.  Pour en savoir plus, cliquez ici.  On a également éliminé bon nombre de prédateurs des rongeurs qui sont les réservoirs de la borrélia.

Le monde sans bon sens qu’on se construit à l’encontre de la nature favorise la maladie de Lyme en permettant l’accroissement de ses réservoirs (les rongeurs) et de son vecteur (la tique à pattes noires).  Ce problème, c’est nous qui l’avons engendré.  Et nous commençons maintenant à en payer les conséquences, et ce, de notre propre santé et de celle de nos enfants.

La maladie de Lyme

La maladie de Lyme est une zoonose.  C’est une maladie infectieuse qui affecte l’humain et de nombreux animaux.  Elle est transmise par la morsure d’une tique infectée.

Cette maladie bactérienne n’a été officiellement reconnue qu’en 1975, et ce, même si on sait maintenant qu’elle fait des victimes chez les humains depuis des milliers d’années.  Ce qui a tourné les projecteurs vers cette maladie qui était jusque-là négligée par les chercheurs (l’est-elle encore?, là est la question) c’est une pandémie d’arthrite rhumatoïde qui a eu lieu aux États-Unis en 1972, dans la ville de Lyme au Connecticut.  Des centaines d’enfants y étaient atteints d’un mal mystérieux. On découvrira par la suite que c’était la maladie de Lyme.

Le biologiste américain d’origine suisse, William Burgdorfer s’est intéressé au drame qui frappait les habitants de Lyme.  Il a isolé des spirochètes de la bactérie borrélia dans la salive et l’estomac d’une tique de type ixodes;  l’agent pathogène ressemblait à celui de la syphilis. Cette bactérie est redoutable, violente et très complexe.  Elle est extrêmement rapide, très mobile, multiforme et parvient à se cacher à peu près n’importe où dans le corps de l’hôte qu’elle contamine, surtout dans les zones difficiles d’accès pour les antibiotiques. Ce qui fait qu’elle résiste aux traitements depuis plus de 40 ans maintenant.

Le nom du biologiste fut donné à ladite bactérie.  Une façon comme une autre de l’honorer j’imagine.

Au tournant des années 2000, un projet de vaccin contre la maladie de Lyme a été testé, mais sans succès.  La mauvaise publicité qu’on a fait au vaccin l’a rendu insoutenable commercialement.  La compagnie qui le produisait l’a donc abandonné.

Bien que cette bactérie existe depuis des temps immémoriaux, elle a évolué au fil de l’évolution et est devenue beaucoup plus résistante.  L’usage inconsidéré des antibiotiques y ayant très certainement contribué.

Certaines hypothèses qui donnent la chair de poule stipulent également que la bactérie aurait été manipulée en laboratoire pour la rendre plus puissante.  C’est le laboratoire Plum Island qui s’en serait chargé.  Or, celui-ci se trouve tout juste à côté de la petite ville de Lyme! Est-ce que la bactérie s’en serait échappée?  C’est ce que certains prétendent en tout cas.

Celui qui se fait mordre par une tique infectée présentera parfois des lésions cutanées.  On parle de rougeurs en forme de cible dont le diamètre sera d’environ 5 centimètres.  Elles apparaissent dans seulement 60 à 80% des cas. On ne peut donc pas s’y fier totalement pour savoir si on est infecté ou non. Les autres symptômes apparaîtront quant à eux de 3 à 30 jours après la morsure.  On parle alors de fièvre, de fatigue extrême, de maux de tête, de raideurs à la nuque et de douleurs musculaires et articulaires.

Si de tels symptômes apparaissent chez une personne ayant été mordue par une tique, il faut appeler Info-Santé 811, ou consulter un médecin dans les plus brefs délais (un qui est sensibilisé à la gravité de cette maladie).  Il faut indiquer quelle est la partie du corps qui a été touchée et la date et le lieu où l’on a été mordu.  Il est fortement conseillé de conserver le corps de la tique si possible.  Il pourra être analysé afin de déterminer à coup sûr si la maladie de Lyme est impliquée.

Un traitement par antibiotique intensif sera alors prescrit. L’amoxicilline ou la doxycycline devront être administrés de 14 à 21 jours.  Plus le traitement survient rapidement, et plus les chances de succès sont grandes.

Si rien n’est fait après le déclenchement de la maladie, les premiers symptômes se compliqueront et la maladie de Lyme s’aggravera vraiment.  On parle alors de problèmes graves qui frapperont les articulations, le coeur et le cerveau, entraînant même des problèmes cognitifs affectant le siège de la mémoire.  Les problèmes graves peuvent apparaître rapidement ou s’étaler sur des années. Plusieurs personnes qui ont subi un mauvais diagnostic se retrouvent aujourd’hui dans cette situation.  Heureusement, les autorités québécoises, bien au fait que la maladie de Lyme prend de plus en plus l’allure d’une vaste épidémie mondiale, semblent vouloir rattraper le temps perdu et prendre cette maladie enfin au sérieux.

Dans cette vidéo, le médecin François Milord de la Santé publique de la Montérégie explique la nouvelle réalité qu’impose la présence de la tique à pattes noires sur le territoire québécois:

Pour tenter d’enrayer la seconde phase critique de la maladie de Lyme,  les spécialistes auront recours aux céphalosporines  pour une durée de 21 à 28 jours, au moins ; par voie veineuse périphérique en cas de méningo-encéphalite.

Pour la forme la plus critique de la maladie de Lyme, ces mêmes traitements seront utilisés, mais sur des périodes plus longues.  Des spécialistes aux États-Unis préconisent même de combiner les antibiotiques pour plus de succès.  Mais on entre là dans un domaine surpassant mes humbles compétences en matière de santé.

Ce que je puis dire toutefois, c’est que plus le traitement s’étire dans le temps, et moins les chances de succès sont importantes. On risque alors de se retrouver porteur de la borréliose (ou maladie de Lyme) pour bien longtemps.

Quoi qu’on fasse, certaines personnes atteintes le demeureront pour le reste de leurs jours.  Des problèmes de dépression peuvent alors survenir, poussant même des personnes au suicide.

Toute la dimension chronique de la maladie de Lyme soulève bien des débats.  Des gens affirment que les traitements sont inutiles pour eux et qu’ils souffrent affreusement de la maladie de Lyme, depuis des années bien souvent, alors que certains médecins soutiennent que ces maux sont le fruit de leur imagination.  Quoi qu’on pense de la position des uns et des autres, il n’en demeure pas moins que la maladie de Lyme provoque bien des souffrances.  Pour en apprendre davantage sur la dimension chronique de la maladie, on peut regarder ce film fort intéressant (Quand les tiques attaquent).  Mais très inquiétant.

On peut aussi regarder ce reportage diffusé dans le cadre de l’émission Découverte de Radio-Canada:

Au Québec, la maladie de Lyme est une maladie à déclaration obligatoire depuis 2003. Les professionnels de la santé qui détectent un cas de maladie de Lyme doivent obligatoirement en informer les autorités de santé publique.

Les zones à risque au Québec

La maladie de Lyme est en expansion au Québec.  Elle est désormais présente dans presque toutes les régions.

Les régions les plus durement touchées sont la Montérégie, l’Estrie, l’Outaouais, et le sud de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Si on est mordu par une tique à pattes noires dans ces zones fortement à risque, on préconise un traitement par antibiotique préventif.  Et ce, parce qu’environ 30% des tiques de ces secteurs sont porteuses de la maladie de Lyme.

L’Estrie est tellement frappée durement que le traitement préventif pourra être prescrit directement par les pharmaciens.

Dans les autres régions du Québec, on ne recommande pas le traitement préventif aux antibiotiques, traitements qui ne sont pas très bons pour la santé.  Dans ces cas-là, il faut surveiller l’apparition de symptômes avant de consulter et d’agir.

On peut suivre la progression de la tique à pattes noires sur le territoire québécois en consultant ce site.

Prévention

La meilleure façon d’éviter les problèmes, c’est de tout faire pour ne être mordu par une tique.  Lorsqu’on se promène en nature, il est conseillé de rester dans les sentiers.  Ceux conçus par les humains, et pas ceux réalisés par les passages répétés des cerfs de Virginie.  Ces derniers sont des zones à risque, qu’apprécient fortement les tiques pour se placer en embuscade.

Il est aussi très important de porter des vêtements longs.  De couleur claire si possible.  Il sera plus facile de repérer les tiques sur ceux-ci que sur des vêtements sombres.  Il faut porter un chapeau, entrer son chandail dans son pantalon et le bas de ses pantalons dans ses chaussettes ou ses bottes.  Bref, il faut le plus possible fermer les accès à son corps aux tiques.

Pour ma part, je m’assure en plus d’avoir des manches qui se resserrent au niveau des poignets à l’aide d’un velcro.  Le bas de mon manteau peut se fermer à l’aide d’un élastique.

Sachez que, contrairement aux moustiques, les tiques ne peuvent nous mordre à travers nos vêtements.

Finalement, il est conseillé d’appliquer un insectifuge sur soi. Pour des suggestions de produits, cliquez ici.

Il est aussi possible de se tourner vers les huiles essentielles diluées dans l’eau afin de tenir à distance les tiques.  L’huile essentielle de lavande, de menthe pouliot, de citronnelle, d’eucalyptus, et d’huile de citron seraient efficaces.

Évidemment, en ce qui me concerne, je n’utilise pas ces produits puisque je « pourchasse » les animaux pour mes photos.  J’essaie d’être le moins repérable possible.  Et l’odeur des insectifuges nous rend facilement repérables pour tous les animaux utilisant leur odorat.

Quand je rentre à la maison, à la fin d’une journée en nature, je mets directement mes vêtements à la laveuse.  Ils vont ensuite dans la sécheuse, où ils doivent subir un traitement à la chaleur.  Une fois débarrassé de mes vêtements, je me dirige vers la salle de bain.  Je m’inspecte alors des pieds à la tête, utilisant des miroirs pour l’inspection des régions qu’on peut imaginer.  Je saute ensuite dans la douche.  Et je me lave toujours les cheveux.

Je retourne ensuite voir mon équipement que j’inspecte minutieusement, question de vérifier si je n’aurais pas transporté une tique avec moi.  Les fermetures-éclair sont des endroits que les tiques apprécient comme cachettes.

Si on se rend en nature avec les enfants ou les animaux domestiques, il faut les inspecter eux aussi.

Si vous restez longtemps en nature, on répète cette inspection à la fin de chaque journée.

Comment retirer une tique?

Catastrophe, une tique s’est logée dans notre peau!  Pas de panique, mais il faut quand même la retirer au plus vite.

Pour ce faire, on utilise une petite pince du type pince à sourcils.  Il faut pincer la tique le plus près possible de la tête.  Attention à ne pas pincer l’abdomen.  En le faisant, vous retourneriez dans votre corps tous les fluides qu’il contient, augmentant ainsi les risques d’être contaminés par la maladie de Lyme.

Si on préfère, les pharmacies vendent des pinces spécialisées.  Des tire-tiques.

Voici une vidéo qui montre comment s’y prendre:

Avec une pince à sourcils, c’est plutôt comme ça qu’il faut faire:

Une fois la tique retirée, on la place dans un contenant fermant hermétiquement.  Et on la conserve jusqu’à ce que qu’on soit certain qu’on n’a pas été contaminé.  Car si on l’a été, le médecin pourra la récupérer et l’envoyer à un laboratoire pour faire des analyses.

Une fois la tique retirée, il faut bien laver sa peau avec du savon.  On se lave ensuite les mains.  Et on surveille attentivement l’apparition des symptômes.  Si on est dans une zone à risque, on prend les dispositions pour subir un traitement préventif aux antibiotiques.

Combien de cas au Québec?

Oui, les cas de maladie de Lyme augmentent au Québec année après année.  On a rapporté 32 cas en 2010, 143 en 2013, 160 cas en 2015 et 179 cas en 2016.  C’est beaucoup et peu à la fois.  Sur une population de 8 millions d’habitants, l’incidence est malgré tout minime.  Surtout en comparaison de la progression de la maladie chez nos voisins du Sud.  Aux États-Unis, on prévoit 300 000 nouveaux cas par année!

Ceci étant dit, le printemps 2018 se caractérise par une explosion des tiques à pattes noires au Québec.  Elles sont beaucoup plus présentes que par les années passées.  Cela risque de faire augmenter d’autant le nombre de victimes de la maladie de Lyme.

Mais si vous appliquez comme il faut la recette préventive telle que présentée plus haut, vous minimiserez du coup, et de beaucoup, les risques d’être mordu et contaminé.

Pour ma part, toute mon activité de photo macro se déroule dans les herbes hautes, je fréquente aussi les sentiers de chevreuils et je m’accroupis régulièrement sur le sol pour prendre des photos.  Je n’utilise pas d’insectifuges et je n’ai été mordu qu’une seule fois par une tique, et par une larve qui plus est.  Je suis ce qu’on peut appeler un cas à risque extrême et la prévention fonctionne pour moi.  En circulant sagement dans les sentiers aménagés, vous courrez beaucoup moins de risques que moi.  Et vous les réduirez encore plus si vous faites l’inspection une fois de retour à la maison.

Alors continuez de jouer dans la nature. Mais faites-le prudemment.  Et vous éviterez de ce fait bien des problèmes!

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La tique à pattes noires: une calamité!

Nous n’avons définitivement pas terminé de mesurer tous les impacts provoqués par les bouleversements climatiques.   La façon dont les espèces les plus spectaculaires sont impactées par ceux-ci retiennent, normalement et de prime abord, notre attention.  Un peu moins quand même que l’impact qu’ils ont sur l’activité humaine.

Mais dans la discrétion des buissons, un changement important s’est opéré au Québec.  Et on commence tout juste à s’intéresser sérieusement à ce phénomène lié aux bouleversements climatiques.  Il s’agit cette fois d’un minuscule animal qui a fait ici son apparition, ayant migré des terres américaines.  Le climat du Québec étant désormais un peu plus clément, la tique à pattes noires (Ixodes scapularis) a trouvé chez nous un nouveau pays confortable pour elle.  Au grand dam bien sûr  de ceux qui fréquentent assidûment la nature.

Cette tique est minuscule.  Comme toutes les tiques vous me direz.  Au stade adulte, cet acarien ne mesure que quelques millimètres. Au stade de nymphe, elle est à peine visible à l’oeil nu.  Les tiques sont des parasites voraces qui se nourrissent du sang de tous les vertébrés, dont l’humain.

Au Québec, nous avons désormais 12 espèces de tiques.  Mais pourquoi Ixodes scapularis serait-elle plus problématique que les autres?  Tout simplement parce qu’elle transmet la bactérie Borrelia burgdorferi.  Aussi bien dire que la tique à pattes noires est de ce fait un important vecteur de la terrible maladie de Lyme.

Une fois qu’on a été piqué par une tique infectée, les premiers symptômes de la maladie de Lyme apparaissent, généralement, entre 3 et 30 jours après la piqûre.

Érythème causé par la maladie de Lyme.

Rougeur causée par la maladie de Lyme. © Centers for Disease Control and Prevention (CDC)

Parmi les symptômes les plus courants, il y a la rougeur sur la peau, à l’endroit de la piqûre. Mais ce symptôme évident n’est pas toujours présent.  Seulement dans 60 à 80 % des cas d’infection il y a apparition de ces rougeurs sur la peau. Lorsqu’elles sont présentes, ces dernières s’étendent rapidement pour atteindre plus de 5 centimètres. Elles peuvent être en forme d’anneau ou de cible. Elles peuvent aussi apparaître à plusieurs endroits sur le corps.

 

Parmi les autres symptôme, on retrouve ceux qui s’apparentent à un bon rhume: fièvre, fatigue, maux de tête, raideur à la nuque et douleurs musculaires et articulaires.

Il y a aussi les histoires de maladie de Lyme récurrente qui sont beaucoup plus terrifiantes.  La maladie provoquerait des effets rappelant la sclérose en plaque.  Bien des débats ont cours à ce sujet.  Mais disons que ce n’est rien de trop rassurant.

La maladie peut aussi affecter le coeur.

La maladie de Lyme se traite à l’aide d’antibiotiques.  Si on réagit rapidement, la maladie se traite bien.  Mais si l’on prend notre temps, c’est là que les problèmes plus graves surviennent.

Si la tique qui nous a piqué est retirée dans un délai de 24 heures, les risques sont beaucoup moindres de contracter la maladie.  Il faut aussi s’assurer de ne laisser aucune partie de l’acarien à l’intérieur de notre peau.  Lorsqu’on a été piqué dans une zone à risque (voir la carte qui est présentée dans le lien plus bas), il est impératif de faire identifier la tique par des experts.  Si l’on a été infecté, il est obligatoire de déclarer la maladie.

Les détails pour l’identification se trouvent ici.

Après chaque sortie en forêt, il est recommandé de s’inspecter attentivement, question de repérer une tique qui se serait accrochée à soi. Les tiques préfèrent les endroits chauds et humides:  les aisselles, pubis, coudes, genoux, etc. Il faut aussi inspecter les enfants et les animaux de compagnie.  Une bonne douche est de mise.  Et il est fort conseillé de bien se laver les cheveux.  En forêt, il faut revêtir des vêtements longs, fermer le plus hermétiquement possible les cols aux poignets et aux chevilles et porter un chapeau qui ramasse nos cheveux.  Et ce n’est finalement pas une bonne idée de déambuler dans les broussailles ou les sentiers de cerfs de Virginie, animal qui est un hôte fort apprécié de la tique à pattes noires.

Ceci étant dit, l’application de tout cela dans le monde réel est assez complexe.  Le printemps dernier, alors que je travaillais à la réalisation d’images de la rainette faux-grillon, je me trouvais dans l’un des secteurs les plus à risques pour contracter la maladie de Lyme.  Pour faire mes photos, j’étais plus souvent qu’autrement accroupi dans les buissons. Résultat:  j’ai régulièrement trouvé des tiques circulant sur mes mains.  Je les ai écrasées avant qu’elles ne me piquent, mais ce n’était pas très rassurant.  Et ce, même si je n’avais aucune idée si c’était une tique à pattes noires ou une autre espèce.

À la fin de la saison, j’ai finalement été piqué par une tique.  Était-ce une tique à pattes noires?  Aucune idée.  Et c’était une nymphe.  Elle était tellement petite que je ne la voyais presque pas avec mes yeux.  Et j’avais pourtant effectuer une inspection minutieuse à mon retour de forêt.  Et j’avais pris une douche longue et chaude, et je m’étais lavé les cheveux.

Je n’ai pas fait identifié la tique par des experts.  Je l’ai tout simplement retirée et jetée.  Et j’ai attendu l’apparition de symptômes, symptômes qui ne sont jamais venus.  Je croyais qu’il était suffisant d’agir ainsi.  Mais non.  J’aurais vraiment dû faire identifier la tique, parce que je l’ai prélevée, bien involontairement, dans une zone à grands risques:  la Montérégie.

Ce printemps, je retournerai à la chasse à l’image à la rainette faux-grillon.  Mais il est clair que si je suis piqué par une tique, j’agirai cette fois autrement.  Il n’y a pas de chances à prendre avec cette calamité qu’est la tique à pattes noires.

Et dire que les gens me disent souvent qu’il est très dangereux de plonger le Saint-Laurent pour faire des photos.  Je dois bien dire que je suis aujourd’hui beaucoup plus inquiet à l’idée de fréquenter les buissons de la région de Montréal.

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Pour plus de détails, je vous propose de consulter le guide sur le sujet et produit par le gouvernement du Québec.

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