La gélinotte, experte du camouflage

Parmi les oiseaux forestiers du Québec, la gélinotte huppée est l’un de ceux que je préfère photographier.  Parce que son plumage est franchement impressionnant.  Sa morphologie tout autant.  Et aussi parce qu’elle fréquente les sections basses de la forêt (sol et premières branches des arbres), ce qui permet de la photographier assez facilement.

Mais je dis bien « assez » facilement.  Car cet oiseau est un maître du camouflage.  S’il ne remue pas sous notre passage, il est à peu près impossible de le repérer.  Et s’il s’envole pour aller se réfugier plus loi, il est alors très difficile de le retrouver.  Mais parfois, là où la pression de chasse n’est pas trop forte, l’oiseau se laisse approcher de près, nous permettant de faire de fort belles photos.

Au printemps, les mâles recherchent activement les meilleurs promontoires d’où ils tambourineront pour attirer les femelles.  Ce puissant vrombissement, ils le font en frappant leurs ailes contre leur poitrine.  Cet appel peut se faire entendre jusqu’à un kilomètre de distance.  On reconnaît les promontoires actifs par les crottes de la gélinotte qui se trouvent tout autour.  L’automne, le mâle tambourine à nouveau.  Mais cette fois, c’est pour éloigner les compétiteurs potentiels de ses quartiers d’hiver.

gélinotte (1 sur 1)

Quand je chassais encore, j’imitais le tambourinage de la gélinotte en frappant mes mains contre ma poitrine.  La gélinotte me répondait et me conduisait jusqu’à elle.  Mais ça, c’était à une autre époque.

Le mâle est un peu plus grand que la femelle.  Ils se ressemblent toutefois beaucoup.  On doit regarder la queue des volatiles pour les distinguer franchement.  Le mâle arbore une ligne noire continue sur sa queue en éventail alors que chez la femelle, cette même ligne est interrompue en son centre.

Mâles et femelles ne vivent pas ensemble.  Mais sur des territoires séparés.  Ils ne se retrouvent que pour l’accouplement.  La femelle construit le nid au sol, normalement à la base d’un arbre.  Il s’agit d’un simple bol qu’elle remplira de 7 à 12 oeufs.  L’éclosion survient quelque 25 jours après la ponte.  Si la femelle croit ses poussins en danger, elle imite un oiseau blessé.  C’est un subterfuge employé abondamment parmi les espèces d’oiseaux.

La gélinotte consomme des insectes.  Elle apprécie aussi les baies, les graines, les champignons et les bourgeons.  Elle consomme aussi des feuilles tendres.  Afin de l’aider à broyer ses aliments, elle se rend régulièrement près de sentiers sablonneux.  Elle y prélève des cailloux qui lui permettent de mieux broyer les aliments qui se trouvent dans son gésier.

La gélinotte est la proie de bon nombre d’animaux de la forêt.  Parmi eux, on compte le renard roux et les oiseaux rapaces.  Il y a quelques étés de cela, j’ai rencontré une gélinotte qui semblait nerveuse.  J’ai compris qu’un faucon l’a ciblait pour son prochain repas.

Les forêts mixtes constituent l’habitat de prédilection de la gélinotte.  Celle-ci a besoin des essences feuillues pour s’alimenter.  Mais les conifères sont aussi très importants pour elle.  Ce sont ces arbres qui lui procurent des abris pour se protéger des éléments.

Il faut dire que la gélinotte est un oiseau qui souffre du froid.  Pour elle, un bon hiver en est un avec d’importantes couches de neige molle.  Elle pourra ainsi s’enfouir dans la neige, qui est un bon isolant, pour se prémunir du froid.  Les saisons froides où il n’y a pas beaucoup de neige, ou encore pire, quand il y a de dures croutes de glace par-dessus la neige, la gélinotte s’épuise et devient plus vulnérable aux prédateurs.  Elle peut aussi tout simplement mourir de froid et de faim.

Cet hiver, j’ai croisé la route d’une gélinotte qui ne semblait pas apprécier du tout la pluie verglaçante que nous offrait dame nature ce jour-là.  Elle demeurait immobile sur une branche d’un grand conifère, et semblait espérer le retour du temps doux.  J’ai alors sorti mon iphone (qui a plus souffert de la pluie que la gélinotte) et ai capté une petite vidéo.

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Restaurer un milieu humide: tout un défi!

Les bonnes nouvelles se font assez rares en environnement par les temps qui courent.  Plus souvent qu’autrement, à cette époque-ci, on entend parler du déclin des espèces, de pollution, de bouleversements climatiques et que sais-je encore.  Mais rarement de solutions mises en branle.  Tout, quoi, pour démoraliser le plus endurci des écologistes.

Heureusement, il y a parfois une histoire qui vient à nos oreilles et qui nous permet de croire encore en une amélioration des choses.  C’est le cas de la belle initiative pilotée par la Fiducie de conservation des écosystèmes de Lanaudière.  Une Fiducie qui ne reste pas les bras croisés, mais qui agit pour vrai, qui prend vraiment soin de la nature.

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En 2015, un boisé de Lanaudière leur a été concédé.  Jadis, il y avait eu là exploitation de la tourbe.  Aussi bien dire que le boisé, à cause de cette activité industrielle du passé, était dans un état peu propice à l’établissement d’une biodiversité digne de ce nom.  Comme si ce n’était suffisant, le phragmite australis, un roseau provenant d’Asie et qui est au Québec une espèce envahissante extrêmement agressive, avait pris possession des lieux.  Le boisé – baptisé des terres noires à cause de son passé lié à la tourbe- était dans un piteux état.  C’est le moins que l’on puisse dire.

Mais le groupe de la Fiducie de conservation des écosystèmes de Lanaudière n’a pas eu peur de la tâche se dressant devant lui, et depuis quelques mois travaille à la réalisation d’un projet de restauration de ce milieu naturel.

Ces jours-ci, le travail de terrain s’est enclenché et les pelles mécaniques ont de ce fait commencé le retrait vigoureux du phragmite, et ce, en construisant entre autres des mares et des remblais destinés à éliminer cette espèce envahissante des lieux.

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J’ai eu la chance, il y a quelques jours, d’aller sur le terrain en compagnie de responsables du projet. Ils m’ont présenté en détails les travaux effectués dans ce boisé et m’ont parlé de la calamité que représente le phragmite.

Leur plan de restauration ne se fera pas du jour au lendemain; bien sûr.  Des chercheurs participent au projet et testent les meilleures méthodes pour éradiquer le phragmite.  Ce qui représente tout un défi. Beaucoup plus imposant que je ne l’aurais cru de prime abord. Cette mission implique des investissements humains et monétaires considérables.  Et aux dires de Yannick Bilodeau, biologiste impliqué dans le projet et la Fiducie, la restauration devrait rendre tous ses fruits d’ici quelques décennies seulement.

Un tel délai m’a amené à réfléchir au drame qui consiste à détruire les milieux humides.  Dans la région de Montréal, ils ont déjà été détruits à 85%.  Ces écosystèmes riches ne peuvent être restaurés en deux temps trois mouvements.  C’est très long avant que la vie ne se redresse complètement dans un tel milieu qu’on a écrasé pour une raison x ou y.  Il faut y penser à deux fois avant d’y installer une tourbière, une route ou un bloc de condos…

Lorsque j’étais sur le terrain avec les gens de la Fiducie, j’ai évidemment sorti ma caméra.  Et je vous ai rapporté une vidéo présentant ce très beau projet.  Bon visionnement!  Et n’hésitez pas à partager cette histoire autour de vous!  Remonter le moral des gens, c’est important!