Le festin des coyotes

Depuis des mois, j’essaie de prendre en photo, dans leur environnement naturel et non dans un champ défriché, des coyotes.  Ce canidé fantomatique que l’on retrouve au Québec depuis les années 1940 me hante et m’obsède.  Je dois le prendre en photo!

Aujourd’hui, le coyote est très bien répandu sur le territoire québécois.  On retrouve ce canidé jusqu’à Sept-Îles désormais.

Si le coyote parvient à étendre aussi généreusement son aire de répartition en Amérique, c’est à cause du défrichage et de l’élimination de ses prédateurs naturels que sont le cougar et le loup.

Il a beau être omniprésent, chez nous, le coyote me donne toujours autant de maux de tête.  J’ai beau multiplié les affûts et les démarches, je ne parviens pas à le voir dans un rayon suffisamment court pour prendre une bonne photo.

Il y a quelques jours, je prospectais de nuit le meilleur secteur pour les coyotes que je connaisse et qui se trouve près de ma maison du fond des bois.  Chaque fois que je vais à cet endroit, j’y retrouve des pistes de coyotes nombreuses.  On dirait qu’un couple de coyotes y a établi son territoire.

Alors que je regardais à gauche et à droite, je suis tombé sur un site où ces mêmes coyotes ont consommé une carcasse d’orignal.

Un coyote n’est pas suffisamment puissant pour abattre un orignal.  Le cervidé dont on voit les restes sur les photos est probablement mort de cause naturelle.  Et les coyotes ont ensuite nettoyé la carcasse.  À moins qu’il fut s’agit d’un jeune orignal, animal que les coyotes auraient pu tuer.

À bien le dire, peu m’importait si les coyotes avaient abattu cet orignal ou s’il l’avait trouvé mort.  Ce que je savais par contre, c’est que j’avais trouvé un bon lieu pour faire un affût.

Et voici la stratégie que j’ai mise de l’avant pour tenter de photographier enfin des coyotes, dans un environnement naturel non-dégradé:

Jour 1: repérage. Il y avait plein de pistes à l’endroit où je note le plus régulièrement la présence de coyotes. C’est une rivière qui traverse la forêt. Les coyotes l’utilisent comme voie d’accès. Ils entrent dans le bois d’un bord pis de l’autre pour chasser ou fouiller. Il y a comme un barrage de castor dans le coin. Mais il semble abandonné. Bonus cette fois-ci, il y avait plein de pistes qui conduisaient à une carcasse d’orignal bien entamée.

territoire coyotes

Jour 2: j’ai installé ma cache près de la carcasse. En évitant de trop marcher un peu partout. J’ai installé ma cache fermée (voir la photo) à bonne distance de la carcasse. Je dirais 120 pieds environ. Je me suis assuré que les vents dominants poussaient mes odeurs en dehors du spot. Et j’ai quitté les lieux.

Jour 3: J’ai pris pour acquis que la cache était en place depuis suffisamment longtemps pour que je tente un affût. J’ai fait l’affût de fin d’après-midi (de 14h à la noirceur). Les vents étaient à 45 degrés face à moi, et poussaient mes odeurs vraiment bien en dehors du site. Vers où les odeurs sont poussées, il n’y a jamais vraiment de pistes de coyotes. Mais la carcasse semblait délaissée depuis mon premier passage. Il n’y avait plus de pistes fraîches. J’ai quand même travaillé le site en me disant que les coyotes étaient encore sûrement dans le coin.

Pour caller, j’utilise un appeau électronique que j’ai placé près de la carcasse et près d’un appelant de lapin. Peut-être 40 pieds. Il n’est pas très puissant. Les puissants coûtent 300-400$. Je me suis contenté d’un appeau à 100$. Ça fait un cri à peu près aussi fort que ma voix. Je le contrôle avec mon cellulaire. J’ai aussi des appeaux manuels. Un pour imiter le cri du coyote. L’autre pour imiter le cri de détresse du lapin à queue blanche. Mais je ne les utilise pas. J’ai peur de faire des fausses notes. Je me rabats donc sur mon appeau électronique.

Voici la séquence de call que je fais.

1- J’arrive sur le site et j’attends un bon 15 minutes avant de commencer. Je commence avec le cri de localisation du coyote. Je veux donner l’impression au groupe installé sur le territoire que des intrus viennent d’arriver. J’attends ensuite 3- 5 minutes. Et je commence le call des cris de détresse des proies. Je veux faire croire aux coyotes du territoire que les intrus chassent leurs proies. J’utilise principalement le cri de détresse du lièvre d’Amérique. J’ai un moment douté de la qualité de ce call. Je pensais que là était mon problème. Mais je suis parvenu à faire réagir des grands ducs, des chouettes rayées, des autours des palombes, des corbeaux et des mésangeais avec ce call. Je me dis que si ça fait réagir les oiseaux, ça devrait aussi fonctionner pour les canidés.

Depuis peu, j’utilise aussi le cri de détresse du lapin à queue blanche. Il n’y en a pas vraiment ici, mais je me dis que ça peut provoquer la curiosité des coyotes. Je n’ai pas vraiment obtenu de réaction avec ce call.

Quand je fais le cri de détresse, je le fais pendant 30-45 secondes. Puis j’attends 2-3 minutes et je recommence. Je fais ça pendant 30 minutes puis j’arrête. Je recommence la séquence 15-20 minutes plus tard.

Comme on s’apprête à entrer en période de rut pour le coyote (fin janvier et février) et qu’il ne mange pas trop dans ce temps-là, j’ai aussi joué avec les nerfs des coyotes en faisait l’appel de la femelle en chaleur. Et le cri de jeunes mâles aussi. J’essaie de provoquer le couple de coyotes qui occupent mon territoire.

Pour cette première fois, j’ai été très énergique sur le call. Peut-être trop. Mes séquences étaient courtes. Et je recommençais rapidement.

Jour 4 – Le soleil se lève à 7:22. La veille, j’avais déplacé ma cache dans un endroit où elle était mieux dissimulée. Je me suis installé dans ma cache à 6:50. J’ai commencé le call de localisation du coyote à 7:15. Et j’ai fait la séquence comme ici haut. Mais j’y ai été plus mollo. J’ai espacé les calls.

Sans résultat. Les coyotes n’ont pas répondu. Et n’ont pas déboulé pas sur le site.

Vers 9:15, j’étais un peu tanné d’attendre. Alors je suis sorti de la cache. Je suis allé voir la carcasse d’orignal. Aucune trace d’activité récente.  J’étais un peu découragé.

Je me suis dit que les coyotes devaient s’être éloignés du secteur. Je me suis donc mis à prospecter les environs, et j’ai retrouvé la trace de mon couple de coyote un peu plus loin sur la rivière. Il est passé sur la rivière entre mon départ de la veille au soir quand la noirceur s’installait et mon arrivée du lendemain matin avant que le jour ne se lève. Durant la nuit, donc.

Les pistes se dirigeaient parfaitement sur ma cache. La ligne que je veux pour faire ma photo. Puis, elles ont bifurqué à environ 100 pieds pour entrer dans la forêt et passer derrière ma cache! Le vent dominant arrivait dans le dos des coyotes. Ils ne peuvent pas vraiment avoir senti ma cache (que je laisse presque toujours dehors pour casser les odeurs). Et je ne pense pas qu’ils puissent l’avoir vue non plus (voir les photos de la cache de jour. J’imagine à la noirceur).

cache

Tout ça, sans résultat!  Encore une fois!  Enfin pour le coyote.  Car pour le lièvre, je suis parvenu à faire de belles photos.  Mais bon, ce n’était pas l’espèce que je recherchais!

***

J’ai depuis parlé à l’un des meilleurs chasseurs de coyotes du Québec.  Il m’a pointé quelques erreurs graves que j’ai commises lors de cet affût:

1- J’ai modifié l’environnement naturel du coyote en installant ma cache, ce qui l’a inquiété et éloigné du site.  Pour se camoufler, mieux vaut une combinaison qu’une cache.  Ce à quoi j’ai déjà remédié:

IMG_1024.jpg

2- J’ai trop callé et mal callé.  Le call met le coyote en alerte.  Mieux aurait valu que j’attende simplement le passage du coyote sans faire de bruit.

3- L’idéal serait d’appâter les coyotes sur le long terme.

Bref, la mission n’est pas terminée.  Et elle s’avère encore plus difficile que je ne l’avais cru au départ.  Mais heureusement, j’ai encore quelques trucs dans mon sac 🙂

À suivre, donc!

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Une journée avec les mésanges

Ma sortie au coyote ne fut pas couronnée de succès.  La météo ne m’a pas fait de cadeaux durant les jours où j’étais sur la piste de ce canidé magnifique.

Pourtant, quelques jours seulement avant mon arrivée sur le site retenu pour l’opération photo, les coyotes étaient très actifs.  Mais la mauvaise météo qui nous a frappés dès mon arrivée semble les avoir convaincus de ne plus bouger d’un poil, de se mettre bien à l’abri d’ici le retour du temps doux.

Décidément, ces coyotes me donnent du fil à retordre.  Mais je n’ai pas dit mon dernier mot.  Je vous en passe un papier.

Au moment d’écrire ces lignes, une caméra de surveillance enregistre les informations concernant un spot où circulent activement les coyotes. Cette caméra sera en place environ deux semaines.  Sans qu’un humain ne passe dans le secteur durant cette période.  Car personne n’y passe jamais, à part moi bien sûr.  Cette tranquilité devrait rassurer les canidés.  Et un coyote devrait de ce fait passer directement devant la caméra d’ici à ce que j’y retourne. Enfin je l’espère.

Si tel est le cas, les informations que je prélèverai me permettront de placer un piège photographique plus efficacement. Et d’obtenir ainsi une photo digne de ce nom.

***

Pendant que j’attendais le passage des coyotes au cours de la dernière semaine, j’ai quand même pu observer bien des oiseaux, dont les sympathiques mésanges à tête noire.  Elles semblaient se demander à quel jeu je jouais.  Avec mon appeau électronique imitant le cri des coyotes. Ou d’un animal blessé.  Cris qui les attirent, je ne sais trop pour quelle raison d’ailleurs.  Les mésanges semblaient trouver tout aussi étrange ma peluche imitant un lapin en détresse qui se trémousse (au bout d’une baguette métallique) 😉

lapin (1 sur 1)

Les mésanges, elles, au moins, se sont laissées facilement photographier 😉