Des baleines bleues nombreuses, mais aucun veau…

Article publié sur TVA qui soulève des questions inquiétantes au sujet de la baleine bleue

https://www.tvanouvelles.ca/2020/10/26/afflux-inexplique-de-baleines-bleues-pres-de-la-cote-nord

De nombreuses baleines bleues, les plus grands mammifères de la planète, sont observées en grand nombre dans le golfe Saint-Laurent près de la Côte-Nord, et ce, comme jamais auparavant.

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Habituellement visibles près de la Gaspésie ou de Matane, les cétacés semblent s’être déplacés très près de la Côte-Nord. 

De nombreux individus de cette espèce de voie de disparition, dont la taille peut atteindre jusqu’à 28 mètres, sont observés notamment au large de Sept-Îles et de Port-Cartier.

Jacques Gélineau, un collaborateur de la station de recherche des îles Mingan qui photographie et identifie les baleines bleues, admet qu’il n’en a jamais vu autant de toute sa vie à cet endroit. 

«J’ai déjà vu beaucoup d’animaux dans une journée, mais autant d’animaux qui perdurent pendant presque toute la saison, ça c’est plutôt rare. En fait… c’est jamais arrivé!», explique M. Gélineau. 

Il a observé environ soixante individus différents au cours de la saison. Malgré l’abondance de baleines bleues à cet endroit, les experts remarquent qu’elles ne se reproduisent pas, ce qui inquiète. 

«Pour x raison, on voit très très peu de veaux, de jeunes dans cette population comparé à d’autres espèces qu’on voit dans les Saint-Laurent. Pourquoi? C’est quelque chose qu’on essaie de déterminer. C’est inquiétant», explique à TVA Nouvelles Richard Sears chercheur à la station de recherche des îles Mingan.

La pandémie de COVID-19 a compliqué les recherches et le travail terrain des scientifiques. Ils espèrent y retourner bientôt pour colliger les nouvelles données, et surtout ne pas perdre la trace de ce troupeau.

Picfair me voici!

Vous êtes de plus en plus nombreux à visiter mon blogue à partir de pays européens. Il est clair que la nature québécoise a de quoi à offrir qui dépasse nos frontières. La froidure, sur cette planète, est de plus en plus menacée. D’où l’importance de s’y intéresser toujours plus, pour mieux la protéger.

Afin de financer mes sorties sur le terrain, à la chasse aux images, je vends des photographies. À des magazines, mais à des particuliers également.

Quand on habite l’Europe, ou un autre coin de la planète, il est clair que les frais postaux deviennent très vite très chers, ce qui en décourage plusieurs de passer outre l’achat d’une de mes photos.

Mais à partir d’aujourd’hui, ce ne sera plus le cas. Grâce à la plateforme Picfair, qui est en plein développement et qui respecte beaucoup plus les photographes que les autres plateformes du genre, je pourrai vendre des photos beaucoup plus facilement à ceux qui n’habitent pas le Québec.

Allez donc y jeter un coup d’oeil. Et tant qu’à y être, partagez donc le lien vers ma boutique.

Encore merci pour tout!

https://patrickrbourgeois.picfair.com

La vie quasi microscopique

Aujourd’hui, on saute dans le monde du minuscule.

L’eau du Saint-Laurent, c’est un véritable bouillon de vie. Il y a ces animaux nombreux qu’on aperçoit du premier regard. Et il y a aussi tous ceux qui sont trop petits pour être facilement remarqués. Les gammaridae font partie du second groupe.

Dans le Saint-Laurent, il y en a plusieurs espèces. De la surface. Jusqu’en profondeur.

Les gammares sont des crustacés de l’ordre des amphipodes. Il s’agit d’animaux minuscules. De l’ordre du centimètre ou deux, tout dépendant des espèces. Ce sont des opportunistes. Ils consomment des algues, mais ils sont aussi charognards et prédateurs. Ils s’attaquent à des crustacés encore plus petits qu’eux, ou à de petits vers. Quand la nourriture vient à manquer, ils peuvent devenir cannibales.

Les gammares figurent bien sûr au menu de nombreux animaux. Mais grâce à leur dos incurvé qui peut agir comme un genre de ressort, elles peuvent déguerpir en un instant.

Régulièrement, j’aperçois une espèce qui s’installe sur d’autres animaux. Souvent est visé le concombre de mer (les gammares sur les photos se trouvent sur la peau d’un concombre de mer). Ce dernier choisit les meilleurs emplacements pour se nourrir, alors les gammares en profitent aussi.

De quelle espèce de gammaridé il s’agit précisément? Bonne question à laquelle j’aimerais bien répondre…

C’est important de s’entraider

Il est parfois bon de s’entraider si l’on espère mieux survivre dans les profondeurs du Saint-Laurent. Cela, les deux squatteurs que sont le bernard-l’ermite et la fourrure d’escargot (hydractinia echinata) l’ont bien compris.

Le premier doit récupérer une coquille vide, le plus souvent celle d’un buccin, afin de se protéger au fond de l’abri ainsi créé. Et la fourrure d’escargot, elle, s’incruste sur la même coquille afin de profiter des restes du bernard-l’ermite, ou pour mieux attraper du placton lorsque celui-ci se déplace.

La fourrure d’escargot, c’est une drôle de bibitte. Il s’agit en fait d’une colonie constituée de dizaines, voire de centaines, d’hydraires. Il s’agit donc d’une membre de la famille des méduses.

L’hydraire façonne un tube au bout duquel sort le polype. C’est à lui qu’on confie la mission de la chasse.Ce n’est pas très clair s’il s’agit ici d’une simple relation de commensalisme (un être profite d’un autre sans lui nuire, en l’occurrence ici la fourrure d’escargot) ou s’il ne s’agirait pas plutôt d’une relation symbiotique. On pense que le bernard-l’ermite pourrait profiter d’une protection accrue dû au fait que les hydraires sont urticants. Elles pourraient de ce fait contribuer à éloigner les prédateurs du bernard-l’ermite.

La reproduction de la fourrure d’escargot se fait de manière sexuée. Il y a des colonies mâles et des colonies femelles. Les oeufs sont fécondés en pleine eau. Mais la fourrure d’escargot peut aussi se reproduire de manière asexuée. La colonie se dédouble tout simplement, un peu comme le ferait de nouvelles pousses de plantes.

Le seul prédateur connu de la fourrure d’escargot est le nudibranche. Ce dernier apprécie particulièrement les animaux venimeux. Il récupère leur venin pour sa propre protection!

Des quiscales dans la neige

J’ai commencé à me passionner pour les oiseaux à l’enfance. Ça se passait dans les années 1980. J’avais un guide pour m’initier à leur identification. Le guide Roger Tory Peterson. Je l’ai encore d’ailleurs, ce vieux guide, dans lequel un tangara écarlate ne s’appelle pas encore un piranga!

J’explorais les boisés du coin pour apercevoir une espèce ou une autre. Je me bricolais des mangeoires toutes croches pour les attirer dans la cour. Et je me levais aux aurores, avant d’aller à l’école, pour les observer.

Comme tout le monde, j’avais mes espèces préférées. À cette époque, c’était facile d’attirer les gros-becs. Ceux-là figuraient certainement parmi mes préférés. Les pics aussi. Probablement à cause de Woody que j’écoutais religieusement les samedis matins, à Radio-Canada.

Je suivais les enseignements de l’ornithologue André Dion. Celui-là m’avait appris que les moineaux domestiques et les étourneaux sansonnets étaient des espèces indésirables. On les avait importés d’Europe à la fin du XIXe siècle afin de lutter contre les insectes ravageurs. Ou de quoi du genre. Depuis, ils nuisaient aux autres espèces d’oiseaux du Québec. Dion se fabriquait des pièges pour les éliminer (je ne sais pas s’il appuierait encore une telle idée aujourd’hui).

Dans ma tête de tit-gars, j’ai mis tous les oiseaux noirs dans le même paquet. Pour moi, étourneau ou quiscale, ça émanait de la même engeance. Je les détestais tous les deux. Surtout à partir du jour où j’ai découvert un chardonneret des pins (ben oui, ça s’appelait pas encore un tarin), la tête éclatée, dans l’une de mes mangeoires. Le coupable ne pouvait être qu’un quiscale, que je ne parvenais pas à éloigner de mes postes d’alimentation, malgré tous les sparages que je faisais le matin afin de les effrayer. Ils revenaient toujours, les coquins!

Aujourd’hui, tout ça est très loin derrière moi. Je suis désormais devenu un grand sage (hum, hum, ouais), et j’ai depuis appris à apprécier la beauté de l’oiseau et son ingéniosité.

C’est la seule espèce que j’ai observée à la chasse aux rainettes. Les quiscales marchent dans l’eau, afin de faire bouger les amphibiens, et paf, d’un coup de bec, ils les attrapent. Le temps que ç’a m’a pris pour parvenir à poser ces fichues rainettes, ça me permet d’apprécier d’autant plus les talents de chasseur du quiscale.

Ces jours-ci, j’étais bien content de croiser la route de quiscales. Avec la neige sur les branches, ils m’ont offert de jolis contrastes.

Une méduse parmi tant d’autres

Probablement la méduse la plus commune dans l’estuaire du Saint-Laurent: l’aurélie (Aurelia aurita).

C’est une toute petite méduse blanchâtre. Elle peut atteindre les 40 centimètres de diamètre, dit-on, mais moi, dans le Saint-Laurent, je n’en ai jamais vues qui dépassaient les 10-15 centimètres de diamètre.

On la reconnaît aux quatre gonades qu’elle arbore au niveau de sa « coupole ». L’aurélie traverse deux stades de développement. Un stade polype, accroché au fond de la mer. Et le stade méduse, où elle déambule au gré des courants.L’adulte est de sexe femelle ou mâle. C’est dire que la reproduction est sexuée. Le mâle libère ses spermatozoïdes qui rencontreront plus tôt que tard une femelle, plus au loin dans la colonne d’eau.

L’aurélie consomme des larves de poissons et des éléments planctoniques. Ses tentacules possèdent des capsules urticantes qui paralysent les proies. Un humain qui toucherait, à mains nues (on se demande bien ce qu’il ferait là sans gant 😉 ), l’un de ces tentacules ne sentirait rien dans la majeure partie des cas. Certaines personnes, plus sensibles, pourraient ressentir une petite inflammation sur la peau. C’est que le venin de l’aurélie n’est pas puissant. Ses proies, minuscules, se maîtrisent aisément, donc pas besoin d’y aller trop fort avec le venin!

À l’échelle des océans de la planète, les populations de méduses sont en forte croissance. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. D’un, les populations de poissons fourrages disparaissent dans nos mers. Cela laisse plus de proies pour les méduses. Et la qualité de l’eau se dégrade. Le réchauffement, la chute des taux d’oxygène et l’acifification affectent les créatures océaniques, mais les méduses parviennent à mieux s’y adapter que les autres. Et finalement, les prédateurs des méduses, on pense aux tortues luth, sont en déclin.

Donc, plus de nourriture, moins de prédation et une capacité d’adaptation à des conditions difficiles plus grandes font qu’on a plus de méduses dans nos mers.

L’aurélie est l’un des animaux que j’ai le plus de difficulté à prendre en photo. L’on travaille alors avec un animal blanc qui est très instable (ou c’est le plongeur qui l’est quand il est dans le grand vert, sans repères) et qui a tendance à être attiré par la caméra. Conséquence: l’autofocus (car oui je travaille en autofocus quand j’ai une configuration grand-angle, alors que je travaille strictement en focus manuel quand je suis en macro) patine régulièrement. Il faut donc s’y reprendre à plusieurs reprises avant d’avoir une photo avec le focus à la bonne place. Et ce, tout en gardant un oeil sur sa propre profondeur. On peut facilement « suivre » la méduse trop creux, ou remonter trop rapidement vers la surface quand on est ainsi concentré sur sa caméra, en train de poser une toute petite méduse.

C’est dans ces moments qu’on sait si on maîtrise bien sa flottabilité 😉

Un bien piètre nageur

Dans l’estuaire, il est possible de croiser la route d’un poisson tout à fait particulier. Un poisson qui ne sait à peu près pas nager et dont les nageoires pelviennes se sont transformées en puissante ventouse au gré de l’évolution.

Il s’agit de la grosse poule de mer (cyclopterus lumpus).

Ce poisson s’approche des côtes durant l’été, pour la reproduction.

Dans l’estuaire, il apprécie particulièrement les prairies de zostères pour confier ses oeufs au destin. C’est le mâle qui protège les quelque 250 000 oeufs que peut pondre la femelle.

Dès la ponte effectuée, celle-ci retourne en eau profonde.

La grosse poule de mer peut vivre jusqu’à 15 ans.

Se faire passer pour une roche

Pour survivre dans les profondeurs hostiles de l’estuaire du Saint-Laurent, les habitants doivent développer toutes sortes de stratégies.Certains sont imposants. D’autres discrets parce que très petits. Alors qu’il y en a qui préfèrent nager rapidement, en grands groupes intimidants.

L’hémitriptère atlantique (hemitripterus americanus), lui, a préféré prendre la forme d’une roche recouverte d’algues. C’est comme ça qu’il se fond dans le décor et se soustrait aux regards des prédateurs.

En explorant les profondeurs du Saint-Laurent, il faut avoir l’oeil bien aiguisé pour le repérer. Ce poisson ne bougera pas tant qu’on ne sera pas très près de lui. Il fait pleinement confiance à son camouflage en guise de mécanisme de défense. Et dans la très grande majorité des cas, cela fonctionne très bien. Mais lorsqu’il est repéré, il devient un sujet parfait pour le photographe sous-marin. Il restera sur place, prenant presque la pose, au plus grand bonheur des faiseux d’images.

C’est un poisson très commun dans l’estuaire du Saint-Laurent. Les plongeurs auront la chance de le rencontrer à des profondeurs assez faibles, quoiqu’il puisse se retrouver aussi profondément que 100 mètres et plus.

L’hémitriptère est vorace. Il avale tout ce qui passe devant lui et qui peut loger dans sa gueule. Même s’il n’est pas très rapide, il parvient à gober des poissons en jouant au prédateur embusqué.

Une anémone plumeuse vorace

Quand on visite aussi souvent les profondeurs de l’estuaire du Saint-Laurent, on finit immanquablement par observer des comportements qui sortent de l’ordinaire.

Dans tous les guides, on dit que l’anémone plumeuse (metridium senile) est planctophage. Ses tentacules délicats le prouveraient hors de tout doute.

J’ai effectivement et souvent vu des représentants de cette espèce consommer des copépodes et autres animalcules tirés du plancton.

Mais il m’est aussi arrivé une fois de voir un spécimen consommer un poisson presque aussi grand qu’elle-même.

Comme quoi, on n’a pas fini d’en apprendre sur ce Saint-Laurent.